Le Proc (1ère partie)

J’avais réussi à revendre l’entreprise qu’unan auparavant   j’avais rachetée à une grande banque Française, qui dans toute ma vie d’entrepreneur elle-même m’avait soutenu. Deux de mes associés historiques s’étaient sentis lésés par cette vente et avaient engagé une procédure en non-conformité de l’acte de vente. J’ai toujours choisi de ne pas entraver mes décisions au sein de mes entreprises, pas de minorité de blocage et un choix précis des compétences de mes actionnaires…chacun devait m’apporter leur soutien sans pour cela pouvoir décider à ma place !
Un juge d’instruction avait été nommé. L’enquête avait démontré de nombreuses irrégularités. Le « petit juge » affichait un zèle inquisiteur.
Deux patrons de la banque, des amis, avaient disparu dans la nature et une somme d’un milliard cinq cent mille francs avait disparu des comptes de l’antenne régionale qu’ils dirigeaient. Autant vous dire que dans la tête d’un « Robespierre locale » ce genre de somme ne se divise que par trois !
Il est vrai que dans ma vie j’ai souvent usé de paradoxes et parfois manqué de scrupules, au point que certains de mes conseillers m’appelaient à plus de modération. D’autres savaient que pour construire un tel empire, il fallait un peu de folie.
En majorité, ils ne s’en plaignaient pas, car ils étaient  toujours grassement rétribués pour leur « compétences ». Les commissaires aux comptes avalisaient des comptes qui parfois, certaines années, évoluaient curieusement ; ce qui compte dans un bilan, c’est la dernière ligne en bas à droite, le reste c’est de la philosophie !
Je me connaissais « border line » mais aussi immunisé, presque invulnérable ! J’abusais, mais par expérience je savais que plus le mensonge était gros plus il passait. Malheureusement le « petit juge » m’avait vite jaugé !
Lors de ma première présentation, il m’avait placé en garde à vue, puis tout de suite en détention provisoire. Mon avocat criait à l’injustice ! On me passa « les bracelets » puis du palais de justice, on me transporta en fourgon à la prison la plus proche. Une cellule, seul dans le quartier VIP…la pénitentiaire prend souvent connaissance du pedigree de ses clients avant enfermement.
Je trouvais cette situation inédite assez amusante en vérité. Des ors de la république, des palaces, mes villégiatures, du luxe, mes grandes dépenses…je vivais désormais dans 9 mètres carrés, toutes commodités incluses !
A la promenade, j’avais fait la connaissance des autres pensionnaires, mes voisins. Longtemps coupé des réalités de la vie de ce monde grâce à ma fortune, je savais que la « fange », le caniveau avait malgré tout certains attraits. Côtoyer des énergumènes de mon acabit m’apportait souvent le conflit, la guerre. J’étais le seul sûrement à savoir pourquoi j’étais là. Grâce à eux aussi, j’étais privé de liberté.
Ma femme à chaque parloir m’apportait un caddie entier de victuailles que je distribuais à tous mes nouveaux amis qui souvent étaient sans rien.
Deux costauds s’étaient pris d’amitié pour ma petite personne. Titi, un vosgien et Riri, un bourguignon. Titi avait assassiné son meilleur ami lors d’une partie de chasse ! Au casse-croute, après avoir « dégusté » deux ou trois litres de blanc, il lui avait dérobé la bouteille de Ricard que Titi avait soigneusement casé dans sa besace en prévision de la pause du midi. Il l’avait mis en joue et appuyé instantanément sur la détente ! Pas de pardon.
Je savais qu’en sortant j’aurai de belles histoires à raconter. Mon avocat me rendait visite fréquemment et me dit que le procès devrait se dérouler dans dix jours qu’il se faisait fort de démontrer mon innocence.
Je me disais que 20 jours de taule valaient bien cinq cent millions !

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