La farce du boucher...


Nous sommes en novembre 1987,  rue du poteau, dans le 18ème arrondissement de Paris. Monsieur Norbert est bien connu dans cette rue commerçante puisqu’il est artisan boucher de père en fils depuis 1902. Il travaille énormément,  car il a le souci de servir des produits de qualité à ses fidèles clients. Ses viandes sélectionnées avec une extrême rigueur, en font une excellente boucherie, très réputée. Il est un personnage emblématique dans le quartier, emploie deux serveuses, un commis ainsi qu’un apprenti.

Son épouse, Thérèse, a décroché de la viande pour accorder du temps à son petit fils, Mathieu afin de soulager sa fille. La personnalité de Thérèse est elle aussi très appréciée car son humour, son empathie, son rire éclatant, et son engagement dans les associations de quartier fait d’elle une femme respectable.

Thérèse a consacré beaucoup de son temps au développement de la boucherie, cependant, elle qui a fait des études de langues, aurait aimé utiliser ses compétences à autre chose que de vendre des faux filets, rôtis et tournedos.

Ce dimanche là, faute d’une vendeuse absente, elle vient en renfort pour assurer la caisse. L’afflux de monde, comme chaque dimanche se veut important, et les habitués défilent. Les lapalissades se faisant, chacun parle de l’actualité de la semaine, de la pluie et du beau temps. Thérèse, consensuelle, adhérait aux propos sans jamais s’étaler, souriait, blaguait, et encaissait. Tandis que son époux, entre le billot, la rôtisserie et les frigos, coupait, tranchait, déplumait,…

Soudain, un inconnu rentra dans la boucherie, élégamment apprêté, courtois et souriant, son visage était rieur, discret et séduisant. Il commanda un tournedos et un petit rôti de veau auprès de Monsieur Norbert. Thérèse, laquelle était habituée a encaisser ses anciens clients sembla tellement apprécier ce nouveau venu, qu’elle en fit une erreur de rendu monnaie.

L’inconnu, honnête homme, releva discrètement l’erreur de monnaie en sa faveur auprès d’elle.  Confuse, elle le remercia pour son honnêteté. Il lui rendit donc le billet trop perçu, et effleura la main de la commerçante, laquelle avait semble t’il été troublée.

Le dimanche matin passé, la boucherie fermait à 13 heures, et l’éternel quotidien reprenait sa route. Le déjeuner dominical en famille, les péripéties de leur fille, les jeux avec le petit fils, le prix de la viande, les projets de travaux à la campagne, la sieste de Norbert, l’école des fans…

Les jours passèrent et Thérèse venait plus régulièrement à la boucherie prétextant qu’elle avait besoin de voir plus souvent ses clients, cependant, son seul souhait était de revoir cet inconnu. Au bout de quelques jours ce fut le cas et engageant la conversation, elle découvrit qu’il était un voisin proche de leur habitation. Il louait ce pied à terre pour un court séjour, il avait une mission de quelques mois en France. Il venait de Stockholm, parlait français avec un accent ravissant.

Intéressée, Thérèse sympathisa avec lui, son époux toujours fort occupé ne s’interrogeait en rien sur l’attitude de son épouse vis à vis de ce bellâtre. Il lui glissa un jour une carte de visite avec son numéro de portable dans le creux de la main. Thérèse prit celle-ci et s’empressa de la ranger discrètement dans sa poche.

Des jours durant, elle n’osa appeler, puis, après un dimanche fort ennuyeux, elle prétexta une fatigue soudaine et l’appela. Ils se donnèrent rendez vous un après midi, non loin de la rue des Ternes pour y boire un verre, discutèrent puis se quittèrent. A quelques reprises, ils répétèrent ces entrevues, lesquels devenaient de plus en plus tactiles, jusqu’au jour où ils cédèrent à la tentation, bien qu’elle fût de 15 ans son aînée.

Ils se virent régulièrement dans l’appartement de ce suédois sulfureux. Thérèse reprenait de la distance vis à vis de la boucherie, pour s’adonner à des joutes torrides.

Norbert, pris par le travail faisait fît de ne rien remarquer, cependant, connaissant parfaitement son épouse, il finit parse douter. Un après midi, il se libéra exceptionnellement de sa boucherie pour planquer et constater le rituel mis en place avec cet homme. Il les observa, la vit monter avec lui dans cet immeuble, prirent l’ascenseur, puis s’isolèrent.

Norbert, trahi, gardait son sang froid, pénétra l’immeuble, vit la concierge et prétexta qu’il devait déposer un colis a cet homme suédois. Ainsi, il put, découvrir l’étage et le numéro d’appartement, puis monta discrètement. Il se posta longuement devant la porte, avec le désir incessant de les surprendre. Il ne le fît pas, resta prostré derrière cette porte, tétanisé et abasourdi. Il les écouta rire aux éclats puis après quelques mots salaces nourris de silences, le rythme s’accentua d’orgasmes et cris incessants. Norbert, confus, blême, le cœur battant la chamade décida de partir les jambes tremblantes.

Il retourna à la boucherie et reprît le cours de sa vie bien qu’ayant des absences, il honorat sa clientèle. Parfois absent, il prétextait une grippe. La fin de journée venue, Thérèse revint munie d’un sac « bon marché », guillerette, elle compta comme à son habitude la recette du jour.

Les jours passèrent, et Norbert prenait sur lui pour ne faire apparaître aucun soupçon.
Puis un mercredi après midi, sachant que son épouse devait garder son petit fils, il quitta la boucherie, prétextant un rendez vous à la banque.

Il se rendît alors chez cet homme, discrètement monta puis frappa à la porte et s’invita à rentrer. La porte close, un bruit court et assourdissant d’un homme résonna puis le silence revint. Norbert quitta les lieux après quelques instants, soulagé, et serein, il fit des allers retours par l’escalier de service pour charger son véhicule de quelques valises. Son flegme ne laissait transparaître aucune émotion.

Il rentra chez lui, conservant ses valises jusqu’à la nuit tombée, puis, très tôt le matin, il se leva pour travailler et faire ses préparations culinaires.

La farce et autres viandes hachées avaient ce jour là une saveur particulière. Il fît une offre promotionnelle sur ces produits préparés à base de farce. Il conseilla même avec une pointe d’humour à ses clients de consommer cela avec une pointe d’aneth. Il prît même le soin de faire goûter à son épouse sa nouvelle préparation culinaire qu'elle savoura d'ailleurs sans retenue.

Thérèse, aigrie durant de nombreux jours, n’avait plus de nouvelles de son bel inconnu et finit par reprendre le cours de sa vie songeuse et nourrie d’espoir…

Le parking

Assis à mon bureau, sous le velux, le temps était couvert et le cliquetis de la pluie rythmait la méditation dans laquelle j’étais plongé. Depuis des jours, je ruminais, je songeais à des scénarios, pour enfin  me faire plaisir.

Ce type qui sournoisement avait nui  à ma carrière pensait m’avoir fait enfermer dans un placard. Il avait le pouvoir de manipuler ses collaborateurs, lesquels lui témoignaient un dévouement presque sans borne. Tel un gourou, ils étaient de gentils fantassins soumis à sa hiérarchie et obéissaient fidèlement à ses instructions.

Ce type là avait toujours un discours très moralisateur, citant régulièrement les plus grands auteurs. Régulièrement, il faisait des références à l’histoire et imageait ses propos à l’aide de photos qu’il prenait. Avec un auto satisfecit démesuré. Son talent d’orateur suffisant et ses quelques références littéraires faisaient vibrer ses soldats. Ils vouaient cet homme au rang de demi Dieu lequel prenait parfois la place du père qu’ils auraient peut être aimé avoir.

Pour ma part, je ne le voyais pas du tout comme ça. Je me méfie toujours de ceux qui parlent souvent trop bien en général, ce sont de somptueux personnages infâmes et immoraux.

Je me rappelle l’avoir entendu lors d’une réunion faisant un parallèle entre les cadenas et les freins que les commerciaux peuvent avoir auprès de leurs clients. Je trouvais ça assez risible d’ailleurs, car ce même type est capable de nuire à quelqu’un juste parce qu’il n’aime pas son visage, son attitude ou tout simplement parce que c’est un homme. Par contre, si l’on a le plaisir d’être une femme jeune dotée d’une plastique généreuse, alors son démon de midi ouvrira grand les portes du paradis professionnel.

A priori, je n’étais qu’un homme et ma gueule ne lui plaisait pas. Ca tombait bien finalement. J'étais convaincu de la réciprocité de notre désaffection. Simplement, ce type avait le pouvoir de nuisance que je n’avais pas. Je n’avais pas non plus le vice de faire d'importuner une personne gratuitement. J’étais profondément pacifiste, mes idéaux et mes convictions convergeaient plutôt en faveur du compromis.

 Quand je suis arrivé dans le secteur de ce type, j’ai tout de suite vu son plaisir naître à l’idée de pouvoir me créer des ennuis. Moi qui m’étais opposé à la femme d’un de ses amis dans le travail, j’étais désormais comme une souris face à un chat aux dents et griffes affutées. Le prédateur se méfiait de moi, car j'étais aussi très agile et mon esprit vif et affuté pouvait parfois faire preuve d’insaisissabilité.

Au fil de l’eau, je m’apercevais de la supercherie vengeresse et de la manipulation de ses soldats. Tout devenait prétexte à remettre en question mon travail, sans compter la pression morale et son harcèlement dans le seul but de me faire craquer. J’avais failli céder à un moment mais j’avais une faculté à me reconstruire assez étonnante. Après quelques semaines de doutes au cours desquels mes adversaires pensaient m’avoir complètement désarmé, je me reconstruisais. J’avais rapidement décidé de reprendre le dessus et il était temps pour moi de me faire plaisir…


Je m’étais mis en tête de voir ce qui se cachait derrière ce personnage avec tant d’assurance. Et pour cela, il me fallait voir ce sale type dans un autre contexte et lui faire payer le prix de sa bassesse. Lui, qui se permettait d’embrasser des jeunes femmes dans le cou, les mains baladeuses et le regard lubrique, me faisait vomir.

Il était marié à une femme élégante et "classe", elle semblait bien éduquée. Lui,  avait un physique de vieux taureau recroquevillé et inélégant, l’œil constamment à la recherche de seins et de fesses bombées. Je n’avais aucune pitié pour ce personnage abjecte, et, même son traitement contre le cancer ne le rendait pas plus Humain.

J’avais soigneusement pris le temps d’observer ses habitudes, ses horaires, ses lieux de stationnement, et pris son adresse. Ainsi, au fil des jours, je savais tout de ses habitudes. Les restaurants dans lesquels il déjeunait régulièrement, les magasins dans lesquels il faisait ses achats, sa pharmacie, son pressing, etc…

Plus je savais de choses sur lui, plus il devenait fragile  et vulnérable à mes yeux. Les jours et les semaines passaient et  je me conditionnais de plus en plus dans la peau de celui qui allait le ridiculiser. Le vice s’emparait de moi et je prenais plaisir à imaginer mon piége. L’idée de l’arroseur arrosé m’excitait, et je voulais le voir effrayé, sous ma gouverne, me suppliant.

Je me documentais sur internet et passais commande de quelques objets utiles à ma petite parade. Je m’étais doté d’un masque et de gants blancs, d’un appareil utile me permettant de modifier ma voix, d’un collier électrique pour chiens dangereux. J’avais négocié à la Goutte d’or avec un mec qu’on m’avait indiqué pour acheter un pétard, de la mousse lacrymogène et un poing américain. Résonnait en moi régulièrement la phrase suivante : « tu vas voir fils de P… ». 

Chaque lendemain, mon stratagème se mettait en place et sa vie finissait par être en ma possession. Il ne se rendait compte de rien  mais je finissais par tellement le connaître que j’en arrivais à contrôler sa vie. Il devenait alors à son tour un petit soldat soumis à des automatismes navrants. Je retournais travailler sagement chaque jour et plus mes plans se dessinaient, plus j’étais serein dans mon job.

La pluie continuait ses cliquetis sur mon velux, et j’étais à la dernière étape de mon plan. Les horaires étaient inscrits, comme pour un braquage. Toutes ses habitudes  était chronométrées, minutées, calibrées. Les plans étaient minutieusement tracés et il ne me restait plus qu’à choisir le lieu dans lequel j’allais prendre au piège ma proie.  Bref, j’étais devenu un prédateur et je le possédais. Il était devenu mon petit pantin et désormais j’étais prêt à jouer avec lui.

Je devais me décider sur une seule chose et la méditation m'aidait à affiner mes plans. Devais-je le ridiculiser devant son épouse ou seul ? Devait-il y avoir un témoin qui puisse le voir dans une position de soumission ou seul, face à moi, dominant ce pauvre type.

Le tonnerre grondait, l'orage redoublait de violence et la pleine lune luisait. L’autre moi-même avait pris sa décision, je prenais un dé pour que le hasard confirme la meilleure situation. Un chiffre pair, je le ferai en présence de son épouse ou impair je le ridiculiserai seul.

Je lançais ce dé et le chiffre 5 était sorti triomphant. J’allais donc le coincer seul.

Le soir venu, je préparais donc mon attirail et filais en direction du lieu tenu secret. En planque et soigneusement je préparais mon rituel. J’avais réussi à m’infiltrer dans son parking. Au bout de quelques minutes, vers 22 heures, il arriva fièrement au volant de sa BMW, se gara dans son box, saisit sa mallette, ferma sa voiture et arpentait sans crainte le couloir de son parking. Cagoulé derrière lui, ma voix modifiée et mon attirail à la main, je le surprenais.

Je le saluais d’une voix sombre, il en était terrorisé. Sa voix tremblante me répondit. Je lui demandais de stopper son pas et, il voulut se précipiter pour rejoindre son ascenseur, un mouvement brutal pour le stopper et lui pointais mon arme. Il obéît à mes ordres, me proposant de l’argent. Sereinement, je l’invitais à se rapprocher de sa voiture. Je l’attachais puis lui enfilais le fameux collier pour chien dangereux. A genoux, je lui demandais de déclamer quelques belles citations et autres faits historiques. Il avait perdu tous ses moyens. Quand on perd ses repères et sa suprématie, on perd également sa verve et sa confiance. A chaque fois qu’il se trompait, je lui envoyais des décharges électriques, lesquelles variaient d’intensité selon le niveau d’erreur commises.

Un défilé de récitations et de questions d’histoires s’offraient à lui et progressivement, il devenait mon animal soumis, obéissant. Je faisais semblant de charger mon flingue face à lui, blême, terrorisé, effrayé. Il avait enfin trouvé son maître ce chien belliqueux. Et moi, dans la peau du maître, je jouissais pour une fois de le soumettre à ma torture physique et morale.

Après de longues minutes, le voyant dégouliner de sueur, je prenais mon arme, vide, mais qu’il croyait chargée. Il me suppliait avec sa voix tremblante impassible, je lui jouais la roulette russe. Il s’urina alors dessus, tandis que sur sa tempe j’appuyais à vide.

Soulagé de ne pas avoir eu la tête explosée par ce pétard, il reprit des couleurs. Je décidais alors de le détacher après avoir retiré son collier. L'aidant à se remettre debout, les jambes tremblantes et le pantalon souillé.

En l’invitant à méditer à ce qu’il avait vécu, je lui dis de foutre le camp. Un dernier plaisir en l’insultant de fils de P…

Tous les deux soulagés et émus, je le regardais s'enfuir...

Le lendemain, il ne vint pas travailler et ce durant de nombreux jours, sûrement traumatisé à son tour de cette leçon que je lui avais donnée.

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