jeudi 6 septembre 2012

L'intimidation


En 1995, j'avais mis au point avec l'aide du bureau de recherche d'un grand groupe industriel Français, un nouveau système d'audience télé révolutionnaire ;  un boitier mesurant grâce à un laser balayant l'espace devant le poste, comptabilisant en temps réel le nombre de personnes. Le leader du marché bien connu utilisait un système de type "bouton poussoir". A chaque changement de programme ou du nombre de personnes y assistant, une personne devait appuyer sur un bouton pour enregistrer chaque modification, système de mesure d'audience active, comme le vantaient ses dirigeants. Au contraire, j'étais certain que bon nombre de sujets d'étude oubliaient d'actionner leur bouton ! 
Je venais de créer la mesure d'audience télé passive !

Il a fallu que je présente mon prototype à tous les organismes professionnels des médias. J'étais "monté sur la table" fréquemment au CESP, tous les représentants des groupes audiovisuels n'en revenaient pas. Persuadé que MON système était le plus efficace !

Il mettait en exergue d'énormes différences de résultats avec le concurrent monopolistique, notamment concernant la mesure des programmes de la chaine leader ! Cherchant à transmettre une vérité que je voyais objective et universelle, j'avais déclaré une guerre sans réellement en avoir conscience. Je multipliais mes présentations, mes représentations...

Mes démos recevaient un accueil chaleureux du reste des chaines du marché Français et Européen. En montrant les différences de mes chiffres avec ceux du "champion" sur les programmes de la chaine number one, je créais malgré moi un ennemi à deux têtes.

Convaincu que le reste des chaines adopterait mon système, je misais sur la quantité. Je savais évangéliser. Les signatures de contrats s'enchainaient !

La colère des co-leaders augmentait. Lors d'une présentation de chiffres, un des representants de la chaine m'avait insulté en "Breton" de telle sorte que je sois le seul à le comprendre. Issu lui aussi, d'un pays où le clerger avait pendant des siècles laisser vivre la population dans la superstition, cette langue était notre seul point commun pour le moment.

Je sentais qu'il était aussi pugnace et surtout agressif. En tant que grand consommateur d'études, il représentatit un poids non négligeable dans le PAF. Je comprenais qu'il ne me laisserait pas facilement prendre une position qui lui ferait de l'ombre. Certains de mes clients commençaient à récuser les contrats. Il était devenu mon ennemi, cet adversaire si puissant, un prescripteur dont je n'avais pas estimé le pouvoir de nuisance.

A la maison, je recevais de nombreux appels anonymes inquiétants, sur mon Radiocom 2000, des menaces claires. Plus je subissais d'intimidations, plus les clients me fuyaient. Une évidence...

Les acteurs du marché commençaient à me surnommer le Don Quichotte de la mesure d'audience. Difficile de combattre un ennemi qui se cache. Je décidais de passer à l'attaque.

En pleine commission CESP, j'avais dénoncé la réalité des chiffres délivrés, des faux pour consolider la position de cette chaine, j'en avais fait la preuve. Pendant mon exposé, mon ennemi coupait mon exposé d'insultes ! J'étais allé loin, lui aussi, mais pas aux mains.

La nuit suivante, je ne trouvais pas le sommeil et décidais, le matin de rester un peu à la maison.
Le facteur avait sonné, un paquet à réceptionner. Mon père devait m'envoyer une caisse de Chateau Fontvert.

J'ouvris le colis, un vêtement bien plié...un gilet pare-balles !

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