Le voisin



"Cher voisin,
Cette invitation au sein de notre association peut te sembler quelque peu brutale. Elle est un peu forcée, je l’avoue. Si tu es attaché sur cette chaise, bâillonné, transis de froid et mort de trouille, au cœur de ces caves que tu connais si bien, c’est que tu as repoussé un peu trop loin les limites de notre patience. Le curseur de l’écoute, de l’abnégation, de la compréhension et de la tolérance est au maximum.
Aujourd’hui, c’est toi qui tremble. D’habitude, ce sont les familles de cette cité qui frémissent à ta seule vue. Les trafics en tous genres et quotidiens de ta bande de chiens enragés, les menaces sur les habitants du quartiers, les rackets, la dope, les rodéos sauvages, les agressions physiques de plus en plus violentes, c’est fini ! En tout cas pour toi.

Notre respectable assemblée t’a « prélevé » de cage d’escalier et se réunit ce soir pour te juger. Il y a ici bon nombre de gens que tu connais, que tu croises, que tu effrayes, que tu violentes. Mr Barbusse, le retraité du 3ème ; Mme Toudic, l’ancienne gardienne du bâtiment B ; Jacques, le responsable des espaces verts où ta saloperie de molosse vient déféquer chaque jour. Nous sommes neuf aujourd’hui, demain nous serons une vingtaine et après-demain cinquante. 

Nous nous armons là où vous vous fournissez ; nous nous payons sur la bête en récoltant ton pognon, ta came, ton poing américain ou ton flingue de compète.

Alors oui, ce soir tu seras jugé. Point besoin d’avocat, ton sort est déjà jeté. Nous nous dévoilons à visage découvert sans aucune crainte d’être dénoncé, car ce soir, tu le sais, tu vas crever.
Cependant, nous avons listé toutes les accusations à charge qui pèsent sur toi. Nous allons te les énumérer, une à une, et à chacune d’elle, l’un d’entre nous te fera subir une épreuve. Une sorte de rite initiatique de passage de vie à trépas. Dans le désordre, tu seras battu, coupé, brulé, noyé, écartelé, empalé… ou pas.  Mais de façon très méthodique. L’imagination humaine est parfois surprenante, tu verras, ordure.

Tu gémis, tu voudrais crier hein salopard ! He ben, non. Tu auras juste l’occasion de gueuler comme un porc lorsqu’on t’égorgera. 

Il y a pourtant de bons chrétiens dans notre groupement. Mais tu… vous les avez poussés à bout. Alors  régulièrement, nous allons purger la cité. Nettoyage par le vide. On en retrouvera peut-être certains. L’un plombé au fond de la Seine, l’autre cramé dans sa bagnole. Règlement de comptes entre bandes déclarera la Police. Comment en effet soupçonner de bons pères de famille et des mères au foyer, traumatisées par votre bande de racailles.

Voilà cher voisin, tout est dit. Tu sais pourquoi tu vas mourir ce soir. Mais tu ne sais pas encore comment.

Tiens, tu reconnais Madame Vignaud ? Non ? Il y a 3 ans, toi et tes potes, complétement shootés dans votre merco cabrio, avez fait découvrir le saut projeté à son gamin de 4 ans. Il est aujourd’hui tétraplégique. Cet « accident » n’aura valu que 6 mois ferme au chauffeur. Vos petites fêtes ont repris, comme si jamais rien ne s’était passé. Chaque jour que Dieu fait, cette mère pleure son fils cassé et sa vie brisée.

Alors tu n’en voudras pas à Madame Vignaud, cher voisin, de se détendre un peu sur toi. Certes, ça ne lui fera pas revenir son fils en un seul morceau, mais ça fait un bien fou.

Allez, prenez cette perceuse Madame, et que la cérémonie commence !"

Le pédophile

J'avais l'âge de mon fils aujourd'hui, 13 ans. Je découvrais les filles. J'en avais déjà connues plusieurs en Angleterre dans le camp YMCA où j'allais chaque été depuis mes 10 ans.
A Fairthorn Manor, il y avait le monde entier ! Des filles du monde entier ! J'y avais rencontré mon premier amour : Emma. Elle vivait avec ses parents sur l'ile de Wight.
Nous échangions de longues lettres en Anglais où nous nous promettions de nous retrouver pour l'éternité.
J'avais fait de gros progrès en la matière.

J'attendais très tôt chaque matin le passage du facteur. Puis un jour plus rien, elle avait dû rencontrer un autre garçon. Je l'avais appelée plusieurs fois, son père me disait qu'elle était absente...J'en chialais. 

Nous étions partis à Saint-Brévin dans notre maison du bord de mer. Inconsolable, mes parents me choyaient ; mon petit frère boudait.J'allais au bout du chemin sur la plage, pieds nus, souvent seul.
Des groupes d'ados s'amusaient, de belles jeunes filles de mon âge cherchaient à m'approcher. Soizic, Valérie et Véronique furent mes premiers contacts. Pas le coeur à rigoler, mais je sentais bien une certaine attirance pour l'une d'elles. Nous jouions au volley et même au foot. Ma tristesse s'atténuait. Nous nous donnions rendez-vous tous ensemble sur la plage, le soir pour le lendemain et à l'heure du déjeuner pour l'après-midi. 

Certains jours, je sortais ma planche et tirais des bords certains après-midis. Les filles me regardaient au bord de l'eau. Je le savais et j'en retirais une certaine fièreté, petit coq !

Un soir, au moment où nous nous apprétions à nous séparer, un vieux monsieur nous avait abordés en nous proposant de jouer aux cartes. Nous avions discuté. Il nous avait demandé où nous habitions, nos âges et nos classes. Nous avions de la sympathie pour lui mais nous devions rentrer diner, nos parents nous attendaient. Il m'avait proposé de me raccompagner prétextant que c'était aussi son chemin... j'acceptais.

Il y avait 200 mètres de la plage à la maison. Pendant que je chargeais ma planche sur le chariot, il me parlait. Il voulait me montrer le jeu de cartes qu'il avait dans la main. Il en retira deux ou trois et me les montra. Des images pornographiques, obscènes. Il me dit de façon anodine : "ça te plairait que je te fasse la même chose ?"

Immédiatement choqué, je pris mes jambes à mon cou, laissant ma planche, combi et tout mon attirail derrière moi. Si vite que je ne savais pas s'il avait tenté de me suivre. 

Essouflé, j'arrivais à la maison où mon père m'attendait.

Il m'avait questionné, je lui avais raconté ce qui venait de m'arriver. Il était parti à la recherche du bonhomme. Je l'avais suivi discrètement et savais qu'il l'avait retrouvé !
J'étais rentré aussitôt, ma mère et mon frère m'attendaient assis autour de la table.
Moins d'une heure plus tard, mon père était revenu avec ma planche. Il resta muet comme à son habitude, détenteur unique de tellement de secrets.

Le lendemain, je repris le chemin de la plage et ne revis jamais ce vieux monsieur.

Honteux, je n'ai plus jamais parlé à mon père de cette soirée par peur qu'il ne me dise qu'il avait réglé définitivement le problème.

eCommando



Je ne porte pas l’uniforme et pourtant je suis militaire. Je n’arbore pas les galons mais je suis officier. Je fais peu de parcours de combattant et je suis en basket. Je suis bien plus souvent devant mon PC qu’au pas de tir… mais je sors cependant la plupart du temps armé de mon P.A.  Par contre, je suis cinq jours sur sept sur le champ de bataille, parfois sur le front mais la plupart du temps à l’arrière. Je n’ai pas fait l’école de guerre mais une école d’ingénieur. 

Au début, je m’amusais. Ensuite, j’ai bidouillé. Et je dois dire que j’ai excellé en la matière. J’aimais décortiquer, contourner les systèmes ou faire sauter les verrous. J’étai s jeune et repousser les limites de l’interdit m’excitait. Je ne vous raconte pas les poussées d’adrénaline que j’ai pu avoir lorsque j’ai pénétré mes premiers serveurs.

Et puis, j’ai un peu monnayé mes services. Mes clients ? Des groupes privés qui aime parfois flirter avec l’illégalité. L’intelligence économique m’a rapporté de plus en plus. Jusqu’au jour où je me suis fait gauler. Le commanditaire s’est bien évidemment évaporé et, au final, j’ai été chargé un max.

En synthèse, j’avais le choix entre la taule et la collaboration. Bien évidemment, je ne serai pas où je suis si j’avais fait ma tête de mule. Et puis, passer du côté obscur à la lumière de la force me va plutôt bien. Le job est le même mais sans les risques.

Enfin disons que les risques ne sont plus les mêmes. Si je porte un flingue à la ceinture, si je m’entraine très régulièrement au tir,  c’est que je ne me sens pas en totale sécurité. Il faut dire que les puissances contre lesquelles je me bats quotidiennement voient d’un très mauvais œil notre « travail ». .. Je dis « notre » car la mise au point d’un malware complexe ne peut être le fruit d’un seul homme aussi brillant soit-il. Notre but : ralentir une centrifugeuse, bloquer une station d'épuration ou encore dérégler la signalisation routière. La plupart du temps, je pénètre les systèmes afin d’en extraire la substantifique moelle. Dans tous les cas, il faut échapper aux radars, persister un maximum et surtout ne pas laisser de trace.

Mais ce ne sont pas mes empreintes ou mon éventuelle « signature » qui m’inquiète. Ce sont plutôt les langues déliées. L’homme est le maillon faible de tout système de sécurité. Nous ne sommes jamais à l’abri d’une taupe ou d’un troupeau de taupes. Un salaire de fonctionnaire même allié au patriotisme ne fait parfois pas le poids face à un petit tas d’euros.

Et là j’avoue, je ne sais pas trop quoi faire de l’enveloppe posée sur la table de ma salle à manger…

L'intimidation


En 1995, j'avais mis au point avec l'aide du bureau de recherche d'un grand groupe industriel Français, un nouveau système d'audience télé révolutionnaire ;  un boitier mesurant grâce à un laser balayant l'espace devant le poste, comptabilisant en temps réel le nombre de personnes. Le leader du marché bien connu utilisait un système de type "bouton poussoir". A chaque changement de programme ou du nombre de personnes y assistant, une personne devait appuyer sur un bouton pour enregistrer chaque modification, système de mesure d'audience active, comme le vantaient ses dirigeants. Au contraire, j'étais certain que bon nombre de sujets d'étude oubliaient d'actionner leur bouton ! 
Je venais de créer la mesure d'audience télé passive !

Il a fallu que je présente mon prototype à tous les organismes professionnels des médias. J'étais "monté sur la table" fréquemment au CESP, tous les représentants des groupes audiovisuels n'en revenaient pas. Persuadé que MON système était le plus efficace !

Il mettait en exergue d'énormes différences de résultats avec le concurrent monopolistique, notamment concernant la mesure des programmes de la chaine leader ! Cherchant à transmettre une vérité que je voyais objective et universelle, j'avais déclaré une guerre sans réellement en avoir conscience. Je multipliais mes présentations, mes représentations...

Mes démos recevaient un accueil chaleureux du reste des chaines du marché Français et Européen. En montrant les différences de mes chiffres avec ceux du "champion" sur les programmes de la chaine number one, je créais malgré moi un ennemi à deux têtes.

Convaincu que le reste des chaines adopterait mon système, je misais sur la quantité. Je savais évangéliser. Les signatures de contrats s'enchainaient !

La colère des co-leaders augmentait. Lors d'une présentation de chiffres, un des representants de la chaine m'avait insulté en "Breton" de telle sorte que je sois le seul à le comprendre. Issu lui aussi, d'un pays où le clerger avait pendant des siècles laisser vivre la population dans la superstition, cette langue était notre seul point commun pour le moment.

Je sentais qu'il était aussi pugnace et surtout agressif. En tant que grand consommateur d'études, il représentatit un poids non négligeable dans le PAF. Je comprenais qu'il ne me laisserait pas facilement prendre une position qui lui ferait de l'ombre. Certains de mes clients commençaient à récuser les contrats. Il était devenu mon ennemi, cet adversaire si puissant, un prescripteur dont je n'avais pas estimé le pouvoir de nuisance.

A la maison, je recevais de nombreux appels anonymes inquiétants, sur mon Radiocom 2000, des menaces claires. Plus je subissais d'intimidations, plus les clients me fuyaient. Une évidence...

Les acteurs du marché commençaient à me surnommer le Don Quichotte de la mesure d'audience. Difficile de combattre un ennemi qui se cache. Je décidais de passer à l'attaque.

En pleine commission CESP, j'avais dénoncé la réalité des chiffres délivrés, des faux pour consolider la position de cette chaine, j'en avais fait la preuve. Pendant mon exposé, mon ennemi coupait mon exposé d'insultes ! J'étais allé loin, lui aussi, mais pas aux mains.

La nuit suivante, je ne trouvais pas le sommeil et décidais, le matin de rester un peu à la maison.
Le facteur avait sonné, un paquet à réceptionner. Mon père devait m'envoyer une caisse de Chateau Fontvert.

J'ouvris le colis, un vêtement bien plié...un gilet pare-balles !

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