samedi 25 août 2012

Baby boum !


Je cours, accélère, me précipite, comme poussé par le vent du destin. Je me dirige vers la foule qui l’acclame. Homme public, il harangue les fidèles tel un prêcheur. Mas ce n’est qu’un politicien. Et la politique, à 12 ans, je n’en ai que faire.

Je dérape, trébuche et mord la poussière. Mon menton saigne, je n’ai pas avancé les mains. Je ne voulais absolument pas lâcher le bouquet de fleurs que j’apporte. Je me relève et reprends ma course.

Je ne le connais même pas. « Va porter ses fleurs » m’a dit mon Imam. Alors je l’écoute et je m’exécute, parce que c’est un saint homme.

Je transpire. Non pas parce qu’il fait chaud, j’ai l’habitude. Mais je suis couvert et lourd. Ils m’ont beaucoup trop chargé, j’ai du mal à avancer, à me frayer un chemin à travers ces gens qui hurlent.

Offrir des fleurs à son ennemi, cela peut paraitre bizarre. Mais ce bouquet est un peu spécial. Humer son nectar va le conduire tout droit en enfer, comme tout bon mécréant qu’il est.

Je poursuis mon chemin vers Bab al Sila, la porte du Paradis des miséricordieux. D’une main je tiens fermement ces arômes qui renferment le détonateur et de l’autre rabat mes vêtement afin de cacher ma ceinture d’explosifs, jusqu’au dernier moment.

Mon esprit s’envole à la cadence de mes pas. Je vais gravir un à un les 100 échelons des Moudjahidines. Là-haut, je m’abreuverai des saveurs de Sihan, Jihan, Alfourat et Alnil. Je gouterai les fruits du jujubier, des pommiers ou des dattiers. Je me coucherai dans des tentes faites de perles. Jamais je ne serai dans l’obscurité, car la lumière y brille toujours. Trop jeune pour le faire ici-bas, je me marierai à 72 vierges tel le Shahid victorieux. Et tu sais, là-bas, les femmes ont les yeux d’un blanc si brillant qu’ils te transpercent le cœur. Elles sont si belles, j’ai si hâte !

Les gens s’écartent désormais à mon passage, comme subjugués par mon aura. Il est vrai que je suis mignon, une vraie gueule d’ange. Et j’ai un sourire éclatant qui me rend si sympathique. Dans une poignée de seconde, ils seront tous purifiés de mon sang ; je leur livrerai mes entrailles à tous ces infidèles ; elles pourriront sur leurs corps et les empoisonneront à petit feu.

La foule s’écarte dorénavant totalement, formant un halo de plus en plus important autour de moi.

Étrange sentiment, je freine ma course. Je ne vois plus l’orateur.

Je stoppe mon parcours. La tribune devant moi est vide. Je me sens regardé, je tourne la tête à gauche. Visé, devrais-je dire. Un type harnaché comme un cosmonaute me pointe avec un énorme gun. Coup d’œil à droite, son sosie fait exactement la même chose. Derrière, idem. La foule a fui. Tout est calme. Un silence presque religieux.

Le Paradis n’est pas pour aujourd’hui.

Je lâche alors mon bouquet et sombre alors dans l’obscurité.

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