jeudi 12 juillet 2012

Neauphle

Ma serviette "éventail" ouverte, je retire de l'onglet Neauphle une enveloppe kraft cachetée. J'en ressors des photos format A4,  en noir et blanc, comme autant de souvenirs remontants...

Elles me replongent en 1979 : "L'Iran a été récemment le théâtre d'un des plus formidables bouleversements politiques et sociaux de notre époque. Un nom revient comme un leitmotiv : l'Ayatollah Khomeiny.

Il avait été l'opposant d'un régime monarchique autoritaire dans son pays. Lors de son long exil, depuis 1964, Il part d’abord en Turquie, puis en Irak, à Nadjaf et à Kerbala. Son activisme pro-chiite indispose le pouvoir Irakien et en 1978, il part pour la France et s’installe à Neauphle-le-Château. Des écrivains, politicards, journalistes venaient lui rendre visite dans ce pavillon où il vécut un peu plus d'un an, comme autant de marques de soutien à celui qui allait sans aucun doute devenir le nouvel homme fort de l'Iran. Des dizaines de paires de chaussures jonchaient le petit perron, témoignant quotidiennement de la reconnaissance de ses visiteurs. On rencontrait le mollah pieds nus ou on ne le rencontrait pas !

Une certaine manière révérencieuse d'une allégeance à un petit homme simple, à la voix douce. Même "Edern", l'un des visiteurs les plus assidus avait décidé d'éditer en Français son "Petit livre vert" extraits de ses trois ouvrages, divulguant ainsi la pensée du grand homme aux francophones.

A la fin de l’année 1978, des manifestations violentes faisant plusieurs milliers de victimes poussent le chah à abdiquer et à fuir vers l’Egypte, le 16 janvier 1979. Ce dernier mourra au Caire en juillet 1980. Nul doute que le patriarche allait retourner en Iran, tel l'homme providentiel.

C'est à la mi-janvier 1979 que nous avions reçu l'ordre de nous tenir prêts pour un au-revoir et un transfert à l'aéroport. Une escorte composée d'une voiture rapide, de motards et de deux véhicules de protection était en permanence déployée devant la maison.

Le 30 janvier vers 21h00, l'ordre m'était donné. Je pris place à ses cotés dans la voiture de sport, un de mes hommes allongé dans le coffre "enfouraillé" d'un AA52 posé sur la lunette arrière. Les motards nous ouvrant la route, en moins de 20 minutes, nous étions sur le périphérique parisien !

Porte d'Auteuil, une voiture arrivant à vive allure vint se positionner à notre droite. Une Porsche 911, se cala derrière nous, cherchant à nous pousser à un gymkhana juste à l'embranchement du périph nord !

Un peu surpris par la situation, j'observais mon passager qui ne bronchait pas et qui laissait apparaitre sur son visage un sourire serein. Mais le pilote de la Porsche devenait de plus en plus insistant, pensant avoir trouvé sur son parcours un vrai challenger !

Je pris alors la décision de dire à mon tireur embusqué dans le coffre d'ouvrir la lunette arrière et de présenter à ce conducteur fou, le canon de son fusil mitrailleur, sans en faire usage bien entendu.
Une légère bosse sur le bitume aurait pu le contraindre à appuyer sur la détente ! Nous entendîmes un énorme crissement de pneus, un barouf aigu de frein, fort heureusement sans danger pour la Porsche et les autres automobilistes.

Le pilote avait pilé instantanément sur le périph saisi d'effroi à la vue de notre artillerie et nous avions pu reprendre notre route jusqu'à l'aéroport.

Je saluais l'Ayatollah au pied de l'escalier de son avion en guise de dernier adieu.

Je lus plus tard dans la presse qu'il avait relaté son retour au pays sans jamais avoir raconté cet épisode qui m'aurait certainement couté mon poste…

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Vos commentaires sont les bienvenus... Même les pires !

Rechercher dans ce blog

Devenez Membres : soutenez-nous !