lundi 18 juin 2012

La lanterne

Dans mon département, j'avais les sites les plus importants de la République en mission de surveillance et de protection. Les résidences présidentielles, celle du Premier Ministre, autant de beaux endroits à sécuriser pour nos responsables politiques et leurs invités.
Des réfugiés politiques étrangers assignés à résidence vivaient aussi dans les Yvelines. Entre Rambouillet, Versailles et Neauphle le Chateau, je montais quotidiennement des services. Mes équipes étaient donc très sollicitées. Souvent les hommes enchainaient les surveillances et les permanences sans pouvoir récupérer du temps de repos d'une semaine sur l'autre. Leur mission était à l'époque un vrai sacerdoce et pourtant ils avaient presque tous une famille et des enfants qu'ils ne voyaient que rarement. Ils étaient entrés aux RG comme on entre en religion. Ils avaient souvent réussi de brillantes études et avaient choisi ce service comme étant le plus prestigieux à l'issue de la fin de l'école de police.

Le nouveau Premier Ministre, tout juste nommé avait décidé de vivre avec sa famille à Versailles, à la Lanterne. (Il avait d'ailleurs initié les suivants à cette résidence puisqu'à l'origine elle était Présidentielle, et mise à disposition du gouvernement. Peu de Président y ont séjourné sauf peut-être le dernier !)

Le plus jeune désigné par la République passait tous ses week-ends au domaine. S'il était en voyage, sa famille y vivait, deux petits enfants et une jeune femme ravissante. Les enfants pouvaient faire du sport, course à pieds dans le parc, tennis et piscine chauffée. Une gouvernante aussi s'occupait d'eux laissant plus de moments de liberté à leurs parents. Leur jeune et belle maman semblait appécier l'endroit. Nous étions donc obligés de protéger le domaine 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 !

Deux inspecteurs planquaient dans leur 4L banalisée, sur la route de Saint-Cyr garée le long du mur de la propriété de l'Etat. Ils étaient relevés par leurs collègues, toutes les 8 heures. Avec les autres sites à sécuriser, ils étaient souvent à la limite du surmenage.

Tous les soirs, je passais route de Saint-Cyr, vérifier que tout se passait bien, c'était aussi le chemin de retour à mon domicile familial. Je m'étais rendu compte que plusieurs véhicules avaient le toit cabossé, j'imaginais que les branches du vieux chêne, sous lequel les 4L étaient souvent garées, avaient du tomber sous la force du vent. Et puis j'avais observé peu de temps après que toutes les 4L étaient abimées ! Notre budget n'étant pas extensible, je décidais de revoir leur carosserie au retour de mes congés d'été en accord avec le chef d'état major.

Sans avertir les équipes, j'étais passé un soir chaud de fin d'été, et avais garé ma voiture à plus de 200 mètres du service. Je décidais d'aller à la rencontre de mes hommes discrètement à pieds pour tenter de savoir ce que les toits des 4L subissaient pendant leur surveillance.

Un de mes jeunes inspecteurs, debout sur le capot de la 4L, venait de bondir sur son toit ! L'autre assis à l'intérieur lisait un journal. Caché derrière le véhicule, longeant le haut mur, je sautais sur le capot et rejoignais mon inspecteur sur le toit.

Il observait avec ravissement ce qui se passait derrière le mur. La jeune épouse du Premier Ministre prenait un bain de soleil, nue au bord de la piscine...


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