mardi 22 mai 2012

Le piège (fin)


Il fallait vite reprendre contact avec les autorités sur place ! Trouver un moyen de retarder le décollage de l'avion, arrêter mon "client" et le faire débarquer, qu'il ne puisse revenir en France avant que nous ayions pu éclaircir cette histoire. Homme politique bien connu et leader de l'opposition, favori des sondages dans notre pays, il était nécessaire au moins de l'interroger "in situ". Manu militari, ils l'avaient sorti de l'avion comme un vulgaire quidam !

Les ricains ne prennent pas de pincettes dans ce genre d'affaires. Dramatique situation pour une société souvent "donneuse de leçons". Alliée de "l'Oncle Sam" et dans l'esprit un peu suiveuse, la France semblait avoir fait serment l'allégeance en ce temps là. Nous le laissions rentrer, nous commettions un "assassinat" politique ! Le pouvoir, son adversaire l'aurait "tué" dès son arrivée et l'accusation était bien trop grâve pour que les instances dirigeantes passent l'éponge. Le monde entier était déjà informé de l'incroyable situation dans laquelle mon "client" s'était fourré et mon service par la même occasion. L'image de la France avait pris un sale coup. Nous n'avions plus la main sur le "dossier". Mon patron m'avait soufflé dans les bronches, évoquant ma négligence !

Un procureur avait été nommé sur place, mon "Client" avait été placé en garde à vue et même incarcéré au nom du principe de précaution. Tous les jours se jouait un nouvel épisode d'un suicide politique incroyable. Les médias locaux s'en donnaient à coeur joie. Probable que chez nous l'affaire aurait été traitée différemment. Mon homme avait de nombreux ennemis, c'était certain, il dérangeait. Brillant économiste, il avait réussi ses études, avait été ministre de la république, son avenir sûrement auréolé par la magistrature suprême !

Je répète souvent à mes enfants ces mêmes conseils que j'ai reçus de mon père pour qu'ils réussissent leurs études, pourtant je sais que cette réussite n'est pas toujours gage d'avenir. Il y a un temps pour faire des conneries et c'est à l'adolescence qu'il faut les faire et pas à l'age mûr et responsable ! J'y mets un peu de vertu aussi.

Sous pression longtemps, mon "client"avait dû craquer, nous le savions depuis longtemps au service. Il avait des moeurs plus que libres, son entourage le savait aussi et mieux sûrement y participait.
Seul, chez moi, je revis ces derniers moments de ma vie "d'espion", j'avais bien reçu ma lettre de mise à pieds et j'avais décidé de faire valoir mes droits à la retraite. Je savais que cette affaire aurait d'autres répercussions sur le territoire national. Le piège Américain était la partie émergée de l'iceberg...le Français sera bien plus terrifiant, je vous l'assure. Nous n'avions pas été suffisament efficace dans cette affaire, n'utiliser que des outils technologiques n'était pas suffisant. Nous avions joué aux apprentis sorciers ! Et en matières de renseignements, rien ne vaut la proximité. Rien ne remplacera jamais les rapports des agents sur place.

J'avais très vite fait partie des premières victimes colatérales et je vous l'annonce, il y en aura d'autres. Je n'ai pas de rancoeur ni d'espoir sur la nature humaine, bien pessimiste même écoeuré. De la vieille école et aussi fasciné par les innovations, je n'imaginais pas me retrouver pris à mon propre piège !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Vos commentaires sont les bienvenus... Même les pires !

Rechercher dans ce blog

Devenez Membres : soutenez-nous !