Le piège (fin)


Il fallait vite reprendre contact avec les autorités sur place ! Trouver un moyen de retarder le décollage de l'avion, arrêter mon "client" et le faire débarquer, qu'il ne puisse revenir en France avant que nous ayions pu éclaircir cette histoire. Homme politique bien connu et leader de l'opposition, favori des sondages dans notre pays, il était nécessaire au moins de l'interroger "in situ". Manu militari, ils l'avaient sorti de l'avion comme un vulgaire quidam !

Les ricains ne prennent pas de pincettes dans ce genre d'affaires. Dramatique situation pour une société souvent "donneuse de leçons". Alliée de "l'Oncle Sam" et dans l'esprit un peu suiveuse, la France semblait avoir fait serment l'allégeance en ce temps là. Nous le laissions rentrer, nous commettions un "assassinat" politique ! Le pouvoir, son adversaire l'aurait "tué" dès son arrivée et l'accusation était bien trop grâve pour que les instances dirigeantes passent l'éponge. Le monde entier était déjà informé de l'incroyable situation dans laquelle mon "client" s'était fourré et mon service par la même occasion. L'image de la France avait pris un sale coup. Nous n'avions plus la main sur le "dossier". Mon patron m'avait soufflé dans les bronches, évoquant ma négligence !

Un procureur avait été nommé sur place, mon "Client" avait été placé en garde à vue et même incarcéré au nom du principe de précaution. Tous les jours se jouait un nouvel épisode d'un suicide politique incroyable. Les médias locaux s'en donnaient à coeur joie. Probable que chez nous l'affaire aurait été traitée différemment. Mon homme avait de nombreux ennemis, c'était certain, il dérangeait. Brillant économiste, il avait réussi ses études, avait été ministre de la république, son avenir sûrement auréolé par la magistrature suprême !

Je répète souvent à mes enfants ces mêmes conseils que j'ai reçus de mon père pour qu'ils réussissent leurs études, pourtant je sais que cette réussite n'est pas toujours gage d'avenir. Il y a un temps pour faire des conneries et c'est à l'adolescence qu'il faut les faire et pas à l'age mûr et responsable ! J'y mets un peu de vertu aussi.

Sous pression longtemps, mon "client"avait dû craquer, nous le savions depuis longtemps au service. Il avait des moeurs plus que libres, son entourage le savait aussi et mieux sûrement y participait.
Seul, chez moi, je revis ces derniers moments de ma vie "d'espion", j'avais bien reçu ma lettre de mise à pieds et j'avais décidé de faire valoir mes droits à la retraite. Je savais que cette affaire aurait d'autres répercussions sur le territoire national. Le piège Américain était la partie émergée de l'iceberg...le Français sera bien plus terrifiant, je vous l'assure. Nous n'avions pas été suffisament efficace dans cette affaire, n'utiliser que des outils technologiques n'était pas suffisant. Nous avions joué aux apprentis sorciers ! Et en matières de renseignements, rien ne vaut la proximité. Rien ne remplacera jamais les rapports des agents sur place.

J'avais très vite fait partie des premières victimes colatérales et je vous l'annonce, il y en aura d'autres. Je n'ai pas de rancoeur ni d'espoir sur la nature humaine, bien pessimiste même écoeuré. De la vieille école et aussi fasciné par les innovations, je n'imaginais pas me retrouver pris à mon propre piège !

Le piège (2)


Le plus souvent j'enquête à l'aveugle, je ne suis pas sensé connaitre le nom de mon "client", du moins pas tout de suite, à la prise en main de l'opération,
mais plus je rentre dans son intimité plus je comprends à qui j'ai affaire et mon patron n'a plus le choix que de me mettre dans la confidence. Quand aux motifs de mon écoute, je ne peux absolument pas m'en douter, je suis discipliné et j'obéis aux ordres. Mon patron "m'affranchit", mon "chaland" est surveillé depuis de longs mois déjà pour des affaires de moeurs ! Aussitôt, je prends conscience de l'intérêt de mon alerte. Au delà de porter le discrédit sur sa personne, il risque de déshonnorer la France qu'il représente dans plusieurs institutions internationales.

Le service n'ayant pas d'homme sur place nous décidons de faire appel à nos partenaires américains sur place. Dans un des messages que j'avais interceptés, un de ses amis avait projeté d'organiser pour lui une soirée avec plusieurs jeunes femmes habituées à ce type de rendez-vous. Au bar de l'hotel, les agents locaux avaient localisé mon homme, ils avaient pris aussi le relais des écoutes de ses smartphones, installé dans la suite, les micro-caméras et le dispositif de surveillance prévu. Les libertains s'en étaient donnés à coeur joie ! Ils avaient quitté l'hotel très tôt le matin. Et mes ricains s'étaient bien rincés l'oeil ! J'attendais sagement que l'upload qu'ils m'avaient envoyé dans la nuit soit totalement chargé. Le lendemain, j'avais recu un appel de mes partenaires m'informant qu'une employée de l'hotel avait été agressée sexuellement par mon "client". Quelle santé ! J'avais décidé de ne pas y porter plus d'importance sans certitude précise de la plainte et certain aussi qu'il était sous immunité diplomatique.

Seulement, sur place, les événements s'enchainaient, mon "clent" avait quitté l'hotel pour l'aéroport. Les agents sur place se proposaient de l'arréter. Il avait pris un taxi et était sur le point d'embarquer dans un avion en direction de Paris.
Incrédules, et nous n'étions plus maîtres de cette opération. Pas de présence sur place et de légitimité sur le territoire américain. Nous n'avions plus qu'à nous remettre aux décisions des omnipotents locaux.
Je décidais de tenter de joindre mon "client" sur le mobile qu'il utilisait le plus, en vain, sans laisser de message bien évidemment.
Peut-être était-il déjà en vol ? Les ricains devenaient plus pressants. L'employée agressée sexuellement, après réflexion semble-til, avait décidé de porter plainte ! Comment faire pour reprendre la main ? Je n'avais même pas eu le loisir de visionner la vidéo de la veille. Je décidais de m'isoler quelques instants ; la qualité des images m'impressionnaient, les visages des protagonistes en actions très clairement visibles. Faire preuve de voyeurisme dans mon job est un plus, sans émotion, même une qualité.

Mon "client" venait juste de s'installer sur son fauteuil à bord de l'avion, sereinement et après avoir fait preuve d'une galanterie appuyée envers l'hotesse de l'air à son service...






Le piège


La campagne bat son plein et les boules puantes se renvoient d'un camp à l'autre comme des patates chaudes. L'air devient irrespirable. Comment être favorable au mariage homosexuel, avoir 4 enfants d'un premier lit, sans jamais avoir été marié et ne même pas envisager de se marier avec sa nouvelle compagne ! Une société à la recherche du plaisir, une population décadante. Les politiques raccolent, les élites se délitent. Le libertinage devient une nouvelle discipline obligée pour tous ceux qui ont un peu de pouvoir.

Au chateau, les offices se succèdent et la chapelle désafectée depuis les années 70 a repris du service. En réaction, le roi et la reine cherchent la rédemption, l'expiation d'un passé dépravé. Le rituel de l'autel les rassurent chassant les tentations de l'autre coté du mur de l'enceinte. En réaction, les services secrets ont mission d'écouter les opposants, de servir la morale neuve du roi.Et certains Gaulois sont devenus dans le monde de vraies sommités dans leur spécialité. Il faut donc les protéger.

Dans mon bureau flambant neuf s'empile les scripts des conversations téléphoniques de mes "clients" parfois même des transcripts traduits de l'Anglais en Français, mon niveau en Anglais ne me permettant pas de sentir les subtilités de cette langue, je fais appel au service étranger. Mes conversations téléphoniques, je le sais aussi sont écoutées et réécrites.
Depuis que nous avons fusionné RG et DST, nos contacts à la DGSE sont de plus en plus surveillés. Nos services s'américanisent. Nos deux services sont encore plus cloisonnés, les missions bien plus déterminées, nos procédures plus complexes, des obligations de reporting toujours plus nombreuses et chronophages. Il est bien loin le temps de la traque et des poursuites infernales les cheveux au vent et les planques improbables pour suivre quelqu'un sans être repérer. Certains de mes collègues s'en plaignent, l'action leur manque.

Aujourd'hui les technologies permettent de suivre un individu de mon fauteuil, le protéger, l'écouter sur tous les terminaux qu'il possède. La protection de ces personnalités s'opère à des milliers de kilomètres contre des menaces réelles faites à la France. Mon "gros poisson" du moment vit aux Etats Unis, grand voyageur, il est abonné à 8 lignes téléphoniques différentes : un vrai casse tête. Pourtant je n'ai jamais rien perdu de ses conversations professionnelles et surtout personnelles ! Sa vie privée me renseigne sur ses contacts professionnels, ses états d'ame, ses relations et ses ambitions.
Je considère tous ces compte-rendus, les analyse, les synthétise par grands thèmes et si nécessaire je crée des alertes pour mon patron qui transmettra au directeur. La protection de ces pointures Françaises rayonnantes réside dans l'estimation que je pourrai faire des menaces de leurs contacts et même comportements jugés contraires à une certaines Idée de mon pays. J'ai le sentiment fréquemment de les protéger contre eux-même et leurs dérives ! Il faut bien remettre un peu de dignité et cette mission me plaît !

On peut avoir du pouvoir et se lacher mais dans le respect de la grandeur de la France et c'est à moi d'en juger, quelle responsablité !

Depuis plusieurs jours je lis des sms plutôt chauds échangés entre mon "client" et plusieurs femmes que je n'arrive pas encore à caractériser. Des rendez-vous pris dans des hotels, des mots salaces à l'issue de leurs ébats, je sens le croustillant. Ces relations se multiplient...

Une "vraie barraque à frites" ce type !

Je décide d'en rendre compte à mon supérieur...

Le passeur


Cette maudite pluie ne s’arrêtera donc jamais. Autant cette banlieue peut être sympathique avec quelques rayons de soleil, autant peut-elle être glauque sous ce crachin humide. Je gare ma Volvo le long d’une rangée de thuyas, à quelques mètres du pavillon. Je m’extrais hâtivement de la voiture et cours vers le portail pour éviter de me faire rincer. La maison ressemble à toutes les maisons ouvrières en briques du début du siècle. Mais depuis quelques années, les Q5 ont remplacé les R5. 

Je me réfugie sous le porche et tambourine à la porte. Une femme blonde, plutôt mignonne, vient quasi immédiatement m’ouvrir. Les traits tirés, elle semble épuisée. Le mari, installé devant la télé, un verre de scotch à la main, me salue vaguement d’un hochement de tête. Il semble encore plus exténué que son épouse. 

C’est elle qui m’a fait venir, attristée, apeurée, désemparée par la présence et le comportement de son locataire à l’étage. Elle était claire, précise au téléphone : il faut le virer car il leur pourrit la vie. Donc elle m’a appelé précisément pour que je nettoie ce parasite.

Là elle me regarde angoissée monter une à une les marches de l’escalier de chêne. J’arrive sur le palier, pas un bruit, pas âme qui vive. Je longe le couloir et m’arrête devant sa porte. J’ouvre…
Devant moi une armoire Normande, massive. A ma gauche, un lit deux places tout aussi massif. A droite, une salle de bain. L’atmosphère est glaciale, l’odeur nauséabonde est forte. 
Au bout de quelques secondes, je sens sa présence, derrière moi. 

Il pue la mort ; il est agité et grogne… je le sens très agressif. Il tourne autour de moi, me jauge, me juge. « Bonjour, je suis Alain… qui es-tu ? ». Il maugrée. J’entends à peine un « Bachir ».
« Bachir, tu ne peux pas rester là, il faut que tu partes ». Et là, il explose. Il me dit qu’il a été manipulé. Qu’il a joué la taupe, qu’il a servi la France et qu’on l’a laissé tombé comme une merde.

« Explique moi Bachir, je suis là pour t’écouter ». Il est méfiant, m’envoie balader à plusieurs reprises, m’explique que je suis comme eux et vocifère qu’il va tous nous buter… comme les autres. Puis il se ravise et continue son récit.

Il a été « recruté » en banlieue après avoir commis quelques menus larcins et avoir un peu trop trainé du côté de certains groupuscules islamistes. Piégé, il a d’abord servi d’indic. Puis, étant efficace et discret, il a été « affecté » à la lutte anti-terroriste et payé pour ça. Frais divers, déplacements, hébergements, salaire… tout était pris en charge par la DCRI, en échange des (r)enseignements tirés de ses missions. Il s’est mouillé, a sué, s’est impliqué. Chaque jour, il avait la trouille. Chaque heure, il a risqué sa peau. Chaque minute, à ses amis, à sa famille, à ses complices, il mentait. 

Son pain quotidien avait le gout du sang. Son bureau, ou plutôt sa mine, s’appelait tantôt Saint-Denis ou Stains, puis un autre jour Kandahar ou Peshawar. Il portait dans la main moins souvent un stylo qu’un Uzi ou une Kala. Entre chaque mission, il menait la grande vie, au frais du contribuable ou grâce à la dope… ou un peu des deux. 

Et puis, un jour tout s’arrête net. Je ne sais pas pourquoi. 

Il est comme un fou, enragé. Il fait valser les objets dans la chambre, secoue le mobilier, hurle… il a du mal à supporter ma présence. Il veut me planter ! Je continue à lui parler, calmement. Je tente de le rassurer, de lui montrer que je ne suis pas agressif. Je lui demande de poursuivre…
Il m’explique qu’un jour tout a foiré… qu’ils l’ont lâché. Qu’ils l’ont foutu dans la merde au fin fond du Pakistan, que sa couverture est tombée et qu’ils lui ont tendu un piège. Mais qu’il a entendu la voix d’Allah, que grâce à lui il a été prévenu. Ce pressentiment lui a permis de fuir avant d’avoir la gorge tranchée. Il fut traqué de longs jours par les Talibans. Rompu à la traque, il a réussi à s’en sortir. En activant ses filières, il a pu s’extirper du bourbier. « Ils » l’ont laissé pour mort dans les montagnes Pakistanaises. Et il l’a fait le mort, quelques semaines, planqué dans ces montagnes.
« J’étais comme une bête en cage ! » m’explique t’il. Une vie d’ascète ou de taulard, il ne sait plus trop. La peur, la rancune, la haine… tout s’est mélangé. «Et j’ai alors pété les plombs ». Avant d’organiser sa fuite, il a planifié le « nettoyage ». Il a liquidé ses points de contacts occidentaux et mis la main sur quelques dossiers gênants. Et il a filé…

Après de longs mois en transit de pays en pays pour rejoindre l’Europe, il est enfin rentré chez lui, dans son pavillon. Cela fait 7 ans maintenant qu’il est au calme, au repos, mais aucunement libéré.

Je suis venu l’aider, comme un psychologue. Je lui explique que le couple en dessous à besoin de vivre, et qu’il faut maintenant qu’il s’en aille, qu’il se libère. Il semble plus calme, plus serein.
Je prie, il prie de son côté, dans sa langue et selon sa religion. L’atmosphère se détend. Il fait moins froid. L’odeur semble s’en aller. Je médite, continue à prier, la tête dans mes mains. Je ne l’entends plus. Je lève la tête, il a disparu.

Je sors de la chambre, redescend les escaliers. Elle m’attend en bas. Je lui fais signe de la tête que c’est réglé. Elle me tend les billets, sourit pour la première fois et me remercie.

Je quitte la maison et me retourne. Des frissons me parcourent le corps à la pensée de Bachir, quelques années plus tôt, dans sa chambre, criblé de balles.

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