dimanche 22 avril 2012

Le Jihadiste


Sale temps. L’humidité imprègne ma peau, malgré le blouson recouvrant ma Djellaba. Je pénètre cet univers gris fait de blocs de bétons et de carcasses de bagnoles. Je me faufile dans ce dédale d’ordures et de bric à brac. Les chouffeurs ne réagissent même pas. Il faut dire que depuis plus de 6 mois, j’effectue ce trajet chaque soir à la même heure, au coeur de leur territoire. Ils savent où je vais. Ils protègent leur business et je ne suis plus un étranger, plus une menace potentielle. Identifié comme religieux. Avec mon teint mat, ma barbe, ma discrétion et mon assiduité aux prêches, je fais dorénavant partie de ces murs décrépis.

Les gasiers devant lesquels je passe, les gorettes et autres tasspé qui les accompagnent, le boss qui me salue d’un hochement de tête, aucun ne remarque que mon petit sac à dos semble plus lourd et que je suis sensiblement un peu plus tendu que d’habitude.

Je me faufile dans la cage d’escalier trustée par les dealers, descend les marches qui me mènent au sous-sol et chemine dans les couloirs à peine éclairés. La racaille laisse place aux fidèles. Je croise des paumés, des laissés pour compte qui se réfugient dans la religion. 

Chaussures à l’entrée, blouson posé à même le sol, j’entre dans la salle de prière, aménagée dans une grande cave. Nous devons être une cinquantaine à écouter le prêche de l’Imam.
Haine de l’occident, réquisitoire contre Israël, appel au combat et au Jihad, le discours est semblable aux autres jours. Prêche antisémite et misogyne, tout y est !  Aujourd’hui, nous avons même droit à une virulente et agressive fatwa contre un avocat juif qui défend actuellement les actes abominables d’un meurtrier de la cité. 

Je n’écoute même plus, je me concentre. Ils pensent que je suis en méditation, en symbiose avec la cérémonie. En fait, je répète les gestes  que j’exécuterai dans quelques minutes. Je retrace mentalement le chemin qu’il faudra suivre précisément, de manière décidée mais sans courir.

A la fin de la prière, la majorité des frères se retirent. Ne restent que l’Imam et le Mufti, fier de sa fatwa, et cinq fidèles. L’heure est à l’embrigadement. Nous partons dans une autre cave, transformée en salle de tir et d’exercices. Depuis quelques semaines, ils nous expliquent le combat et nous initient au Jihad. Nous sommes les élus qui partirons s’entrainer en Afghanistan. Habituellement assidu, je me place cette fois-ci plus en retrait, ouvre mon sac à dos et écoute. 

Five Seven, un silencieux, 20 cartouches, pour 7 islamistes, ça devrait le faire non ?

Ah, 9, voici deux nouveaux instructeurs. Et ils sont armés, ca se complique. Je n’avais pas prévu ça. Jusqu’à présent, les formations étaient délivrées par le Mufti. Ca ne sent pas bon, je vois bien que j’ai à faire à deux guerriers. Il faut passer à l’action, avoir le bénéfice de l’offensive.

Salam Aleycoum, tout le monde se salue.

Un, je me retourne. Deux, je me baisse. Trois, je saisis le flingue. Quatre, je vise et je tir. Le premier Jihadiste s’écroule. Cinq, l’autre brandit son arme. Il n’a pas le temps et se prend une bastos dans la tête. Un homme tente la fuite, je l’abats d’une balle dans le dos. Trois se précipitent sur moi en hurlant. Juste le temps de dégainer de l’autre main un Glock 18c de secours, courte portée, et je stoppe le premier d’un coup sec. Tout le monde s’arrête net. Silence. J’ai en joue 5 mecs avec mes deux flingues. Le tout s’est joué en quelques secondes. 

L’intérêt des prêches dans des caves éloignées est qu’ils sont non seulement à l’abri des regards mais aussi des oreilles indiscrètes. L’espace est matelassé pour ne laisser passer aucun bruit pendant les exercices de tirs. Les trois jeunes ont de la peur dans les yeux, les deux briscards de religieux sont beaucoup plus froids. Je perçois même un certain calcul dans les yeux du Mufti.
Une seconde de réflexion m’ont suffit pour définir mes priorités. Je tire, bouge, tir à nouveau, recule, me déplace de travers ; chaque coup déclenche un mouvement. Cinq déplacements, cinq cadavres à terre. 

Mission presque accomplie, il faut maintenant sauver ma peau. Je recharge mes armes, les remets dans mon sac et file dans les couloirs sombres. D’un pas sur et discret, je remonte les escaliers vers le hall. 

Les dealers sont toujours là ; ils n’ont rien capté. Je passe à côté du groupe, presque invisible. Je force maintenant le pas ; le gris s’éloigne, j’ouvre ma voiture garée quelques rues plus loin, démarre en trombe ; je suis sorti d’affaire.

Arrivé dans mon appartement, le vrai, place Victor Hugo, je me précipite dans la salle de bain afin de me raser, de me changer et de quitter enfin mon costume de Jihadiste que j’enfile chaque jour depuis de longs mois.

J’ai certainement soigné 9 plaies de notre monde, mais au fond je m’en fous. J’ai simplement effectué mon métier. Je suis payé pour ça.

Et je suis maintenant en VACAAAAAANCES !

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