Sarajevo

En 1991, tous mes amis étaient partis en vacances d'été. Mes plus proches avaient décidé de refaire un trip que nos parents rêvaient de faire avant nous : le tour du Maghreb en Peugeot, 504 si possible. Ils venaient d'en acheté une, en mémoire d'eux sûrement. Sans rien prévoir, ils avaient décidé de longer la cote Méditerranéenne au plus loin qu'ils le pourraient, Française, Espagnole, Marocaine, Algérienne et retour au bercail. Trois mois d'aventures pour des mômes de 25 ans qui devaient les faire grandir. Nous avions terminé nos études, plus courtes pour certains et trop longues pour d'autres ! Sans le sou, ils avaient conquis des territoires que même leur imagination n'aurait pu l'envisager avant. Je leur en voulais un peu de pouvoir s'acquitter de nos désirs d'après, d'avoir la folie de ne pas penser à leur avenir. L'avenir que je leurs imaginais !
Ils avaient vécu la plus belle histoire de leur vie, nous la racontaient sans excès. Les soirs à chercher des hôtels qui n'existaient pas, des nuits à dormir dans les sièges de la 504, se disant qu'ils avaient encore une fois trouvé un "bel" hôtel, un endroit où il n'y avait pas de bruit et où le lendemain, dès l'aube les avions pouvaient décoller !
Sur l'aéroport d'Almeria ! Les nuits à danser la Sevillana avec les plus belles Andalouses que la péninsule ait connu. Des Ferias à Malaga à boire des "Cervezas" jusqu'au petit matin; recherchant le verre de contact !...Nous avions 25 ans !

Je les avais aussi, ces 25 ans mais pas de la même manière. Je les ai vécus comme un guerrier, seul sans eux, mes frères ! J'avais réussi le concours de commissaire de Police, après de bonnes études de droit à la fac. Ces mois de Juin et Juillet, ma hiérarchie m'avait nommée patron d'un nouveau commissariat de banlieue dans le neuf cube ! J'avais fait preuve de qualités de management, de prévention et aussi de répression envers la population locale. Le ministre de l'intérieur était même venu m'en féliciter.
J'en avais aussi des choses à raconter. Formé au 6ième RPIMa et à l'ETAP (l'Ecole des Troupes Aéroportées) de Pau, j'avais acquis les techniques de combat essentielles au maintien de l'ordre et au combat qui ne pouvait que se gagner.
Mon ministre avec qui j'avais une relation privilégiée me proposa le poste de directeur de la Sécurité de l'ambassadeur de France en Bosnie. Difficile de refuser. La joie de l'homme est dans l'action !

Pendant que mes potes circulaient au Maroc, en Algérie, je partais direction Sarajevo !
Celui que j'avais remplacé avait couché l'ambassadeur de France sur le tarmac de l'aéroport peu de temps avant que je prenne mes fonctions. Un type du GIGN, pourtant, qui avait pris peur car tout autour, ça défouraillait ! Et l'ambassadeur préférait mourir debout, il m'en avait fait part dès mon arrivée. Il souhaitait que ça ne se reproduise plus ! Bien compris ! Reçu fort et clair !

Je commençais à prendre mes habitudes au bout de mon premier mois. J'allais plusieurs fois par semaine m'encanailler dans un établissement de la ville, le seul sûrement qui proposait quelques réjouissances à ses clients venus du monde entier; un "Tagadin" !
Les filles étaient si belles que le reste de ma vie j'ai cherché dans le monde entier à les retrouver. Mais elles n’étaient que là !
Le videur me demandait de laisser mon calibre au vestiaire. Lui répondant que j'avais sur moi "la puissance de feu d'un croiseur et des flingues de concours", il m'a toujours autorisé à conserver sur moi, mon arsenal !
J'avais pu danser avec celle que j'avais choisie, mon Manurin tout contre son sein, quelques slows langoureux. J'étais le seul de tous les mercenaires qui se trouvaient à cet endroit, dans cette ville martyre à pouvoir conserver mon pétard et mes outils à discrétion.

Défiant les snipers sur leur allée, j'avais quitté l'établissement en compagnie de la belle Carole.
Nous avions continué un slow dont je ne pouvais me démettre lorsque j'entendis un tir caractéristique, pas une balle sifflée !
Je l'ai prise dans mes bras, celle qui aurait pu être ma complice adorée. J'aurais voulu lui faire l'amour une dernière fois sur cette avenue que tous appelaient Sniper Alley.

Et ça mes proches ne l'ont jamais su.

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