lundi 16 janvier 2012

L'intrus

Crève pourriture ! Vas-y gueule. Tu t’es introduit chez moi, en pleine nuit. Tu as menacé ma famille et tu as voulu me tuer. Là, tu pisses le sang et tu vas bientôt rendre ton dernier souffle. L’ampoule incandescente t’a cramé la chaire avant de pénétrer ton cou et d’éclater ta jugulaire. C’était nous ou toi salopard.
 
Je me sentais menacé depuis de longs mois. Le sentiment d’être écouté et tracé. Puis vinrent les appels voire même les mails anonymes me demandant de stopper mes investigations. Je ne suis pourtant pas journaliste et ne travaille pas pour les services. Je suis chercheur dans un grand groupe chimique Français, aucunement soumis au secret défense. Jusqu’au jour où j’ai découvert que le programme sur lequel je travaillais, en grande partie subventionné par des fonds public, était détourné de son objet initial. Étonné, j’ai questionné ma hiérarchie qui m’a renvoyé dans mon labo en m’expliquant que la dimension de ce projet me dépassait et qu’il fallait que je reste un exécutant. Puis j’ai investigué, et la pression est alors devenue plus forte, les menaces à peine voilée.

 
Plus j’allais en avant dans mes recherches, plus l’affaire me semblait sombre. J’interrogeais mes sous-traitants en Inde notamment et récoltais des informations chaque jour un peu plus étonnantes. Je participais, j’en étais certain, à un programme militaire déguisé. Après la pression vint le pot de miel, la promotion, l’augmentation de salaire et bien évidemment le changement de département. J’ai accepté. J’ai changé de services, mais ai poursuivi mon enquête. Pourquoi ? Mes contacts étaient activés et alimentaient mon dossier, mais surtout la curiosité était trop forte. Je continuais alors à creuser, accumulant des dossiers sur un serveur externe, planqué et protégé. Je ne gardais aucune trace sur mon ordinateur, aucune donnée sur une clé usb. Tous les documents papiers étaient scannés puis détruits. Les preuves s’empilaient me fragilisant un peu plus à chaque donnée stockée.

 
J’imaginais naïvement qu’ « ils » avaient lâché l’affaire et que je n’étais plus sous surveillance. Grave erreur, bien au contraire, ils étaient passés d’un simple contrôle managérial à une surveillance étroite et discrète effectuée par des professionnels. La pression lourde et lancinante est devenue visible, sensible puis physique. « Ils » sont venus me voir, me plaquant contre un mur dans la rue, m’invectivant, m’ordonnant d’arrêter, me menaçant et visant ma famille. Ils me demandaient surtout de leur livrer ce que j’avais accumulé depuis des mois. Ca je ne le pouvais pas. J’avais en effet découvert que ce programme militaire mettait en péril des milliers de vie à l’autre bout de la planète. Les pseudo-expérimentations de mes ex-recherches effectuées dans des villages reculés impactaient les populations. Les taux de leucémie devenaient anormalement élevés. Les morts étaient suspectes, mais il était difficile de le prouver, les corps disparaissaient.

 
Vinrent alors les menaces de mort ponctuées finalement par ta visite de ce soir. Je ne sais pas comment tu es entré. Je ne sais pas comment tu as réussi à monter notre escalier de bois, tel un chat, sans faire craquer les marches. Mais sur le qui-vive, dans un demi-sommeil, je t’ai entendu ouvrir la porte de notre chambre. J’ai eu juste le temps de rouler par terre, tu étais déjà sur nous.

 
Tu as frappé violemment mon épouse avant de me sauter dessus. Quelques fractions de secondes perdues pour toi. J’avais déjà saisi la barre de fer que je planquais sous mon lit, et t’assainis un énergique coup dans ta gueule de pourri. Cagoulé tu n’as même pas le cran de nous montrer ton visage. Tu as alors sorti ton flingue. Sans doute était-il initialement destiné à me foutre la trouille une nouvelle fois. Mais là, compte tenu de ma réaction inattendue, il t’aurait servi à me fumer. Un nouveau coup de ma lourde barre sur ton avant bras a suffi à te désarmer. J’ai alors saisi la lampe de chevet encore allumée malgré l’heure tardive et te l’ai brandi telle une lance vers le visage. Je  ne remercierais jamais assez mon épouse de s’endormir en bouquinant. L’ampoule brulante s’est enfoncée dans ton cou de taureau comme dans du beurre.


Ma femme, le visage en sang hurle. Mes enfants, charlotte et arthur, réveillés par le bruit sont devant la porte de la chambre, le visage déconfis, crient. Et toi tu couines comme un goret. Tu es à terre, ton corps est frappé de tremblements. J’appuie de toutes mes forces sur la lampe, heureusement pour moi débranchée. Elle t’a égorgé comme un bœuf, le sang gicle sur mon visage.

 
Un dernier soubresaut, tu ne bouges plus. Les cris ont laissé place aux larmes. Je réconforte femme et enfants,  les mets à l’abri en bas. Je me cale devant mon ordinateur, me connecte à Wikileaks et commence à balancer le contenu du serveur. Ca me titillait de fournir les pièces à la presse, ta visite surprise a allumé la mèche. Tu ne seras pas mort pour rien vermine, tu viens d’appuyer sur le bouton qui va déclencher la bombe médiatique !

 
D’un coup, une pointe froide se fait sentir dans ma nuque. Je sens un souffle chaud. Bon dieu, tu n’es pas venu seul ordure…

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