La traque

En 1945 il était Obersturmbannführer. En 1933, Wolfgang était passé d'abord par les Hitlerjugend. Dès l'âge de 14 ans, il avait montré ses prédispositions à la vénération du Führer. Dans un monde où l'aristocratie germanique pesait si lourdement sur les consciences du peuple, il avait, bien avant son père, décidé de s'engager dans ce mouvement qui allait révolutionner l'Allemagne et l'Europe. La corruption des gouvernements successifs depuis la fin de la première guerre mondiale sautait aux yeux de tous ceux qui subissaient la crise économique. Issu de la bourgeoisie bavaroise, Wolfgang voyait son père, petit industriel Bavarois, s'enfoncer chaque jour un peu plus dans la tourmente de la crise économique.

Il ne pouvait plus le supporter, il voulait que ça change.

Ses camarades en avaient tous fait autant. Devenus adultes, ils avaient gravi les échelons un par un de la SS. Prêts à sacrifier leurs vies à Hitler et au peuple Allemand. La propagande Nazie, à n'en pas douter aujourd'hui, était un implacable rouleau compresseur qui avait, à l'image d'une secte, réussi à enrôler une large partie de la population Allemande.

Engagé dans la Waffen-SS, Wolfgang était un jeune officier ambitieux, il avait participé à toutes les campagnes militaires, les plus difficiles engagées par les Nazis. L'Ukraine, la Russie, les Balkans et la France, il en avait vu du pays. Il en avait tué des ennemis, et beaucoup d’innocents. L'idée de la grande Allemagne l'avait galvanisé et la guerre justifiait les pires actions, les crimes les plus barbares comme ceux, zélemment appliqués, de la solution finale.

Et en tant qu'officier il en étant promoteur. Il aurait pu reprendre la petite usine de textile que son grand-père avait fondée à la fin du XIXième siècle et ainsi passé une vie de labeur consacrée à sa famille. Il n'était pas marié et n'en avait pas envie.

Je venais de refermer "Les bienveillantes" de Jonathan Littell, j'étais au bord de la piscine, c'était l'été en Bretagne. Mon oncle avait invité son beau-frère et sa belle-sœur Allemands pour quelques jours de vacances, je les avais déjà rencontrés dans mon enfance. Sous le chaud soleil du Finistère sud, nous prenions un bain de soleil après un festin de barbecue arrosé de bons vins de Bourgogne pour nous et pour les autres de bières.

Sur les transats bleus et blancs, Wolfgang sirotait une pinte de bière. J'avais engagé le premier la conversation. Son Français était courant presque sans accent. Lointain souvenir de la campagne de France de 1940, il me vantait les talents de mes compatriotes.

"Heureux comme Dieu en France" où il avait passé deux ans. Il nous avait occupés. Et naturellement, Il m'avait raconté son engagement Nazi.

Mes grands-parents déportés, ma famille persécutée pendant ces années noires de notre histoire et j'étais face à un de leurs bourreaux ! Mon frère, agacé me faisait des signes, je crois que nous étions tous deux prêts à le noyer dans ce bassin ! Le temps était passé, face à moi je ne voyais plus qu'une grande carcasse usée par une longue vie, plus de 85 ans et plus d'un mètre 90 encore. A 25 ans il devait être impressionnant !

En 1945, il s'était décidé à reprendre l'affaire familiale. Il avait même fait une belle carrière professionnelle, développant son entreprise au delà de toute espérance. Il n'avait jamais été inquiété par les gouvernements allemands, ni même par les chasseurs de Nazis.

Tiraillé entre la haine et la honte, je regagnais ma chambre. Wolfgang leva son bras gauche en signe d'au revoir. En dessous, un tatouage bleu, O+, se dessinait de manière très.. trop distincte.

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