mercredi 18 janvier 2012

La soutane

J'aime mon métier, enquêter et traquer les voyous, les suivre dans tous les travers de leurs larcins. J'aime me planquer dans ma voiture banalisée, mon pétard dans le holster, rassurant quand le danger se rapproche. Fumer mes gitanes, cigarette sur cigarette quand le moment me le permet. Mon job est souvent solitaire même si je fais partie d'un service et ne suis qu'un rouage de celui-ci. C'est bon de savoir que des collègues ne sont pas loin lorsque ça chauffe.
Mon pied c'est surtout de les "coxer" ces pourris ; les arrêter, leur passer les bracelets !
J'aime l'aventure, j'aurais même pu bosser à la CIA. Jeune inspecteur, j'étais à la Brigade de Répression du Banditisme, la BRB comme on dit. J'ai souvent planqué dans le sous-marin.

Même sur les traces de Mesrine ! J'avais réussi à le loger en 1979, à l'époque le "Grand" créchait dans le XVIIIème arrondissement de Paris. Je l'avais repéré un soir au retour à son domicile. L'immeuble avait deux entrées et donnait sur deux rues, pratique pour la fuite.
 
Ce soir-là, à son bras sa compagne Sylvia. Il avait eu un regard sur moi, sur la 4L. Son regard glacé, froid m'avait laissé transi sur le siège, paralysé par la peur d'être repéré. Mon patron m'avait appelé pour décrocher. J'avais roulé 5 minutes en direction de la goutte d'or et étais revenu sur mes pas pour me garer de l'autre coté de l'immeuble. Fumant la brune qui me restait, j'attendais les consignes, persuadé que l'ennemi public numéro un n'aurait pas imaginé que j'avais trouvé la seconde entrée.

Mais il avait raccompagné sa femme et était redescendu.

Vers 3 heures du matin, somnolant, il m'avait sorti de la voiture d'une poigne que je n'oublierais jamais. Sans me frapper, il m'avait attaché les mains d'une corde fine dans le dos, les chevilles et je m'étais retrouvé dans une poubelle verte de la ville de Paris, un chiffon enfoncé dans la gorge, un grand morceau de sparadrap sur la bouche.

Impossible de me libérer de ces liens qui me sciaient les poignets, impossible d'appeler au secours ! Vers 6 heures du matin, une équipe d'éboueurs avaient réussi à me libérer ! J'avais appris plus tard qu'un collègue, à qui était arrivée la même mésaventure avec Mesrine, n'avait pas eu ma chance et avait fini sa vie écrasé dans la benne d'un camion à ordures.

Ayant vécu dans la peau du traqué, plusieurs heures sans bouger, j'avais renforcé mes techniques de traque et ma méfiance. Je voulais prendre ma revanche, pas avec Mesrine car il avait été serré depuis porte de Clignancourt, mais avec tous les autres que je réussirai à attraper !

J'avais mis au point une mise en scène imparable. Je planquais souvent au bois de Boulogne. Les "maquereaux" surveillaient leurs protégées et j'en prenais souvent en filature à l'époque. Dans le coffre de la super 5, j'avais un sac de déguisements.
Le meilleur : une soutane noire, col blanc et crucifix.
Adossé à un arbre, je revêtais ma robe d'ecclésiastique et revenais m'asseoir dans la voiture. Les prostituées, en général, ne circulaient pas vraiment très loin de leurs endroits de prédilection, mais certaines s'approchaient de ma voiture et me proposaient leurs services. Elles commençaient à se familiariser à ma présence.
Je commençais à leur parler aussi et une jolie blonde s'intéressait un peu plus à moi. J'en étais pas moins homme et un soir tout en m'appelant "mon père", je l'avais prise à l'arrière du véhicule, une secousse rapide mais libératrice.
Je lui avais expliqué qu'elle m'attirait et qu'elle était le premier amour physique terrestre que j'avais connu. Il y avait une certaine perversion et de séduction à baiser une pute en habit de prêtre, et je commençais à apprécier cette situation.
Un soir alors que nous étions Olga et moi en pleine action et qu'elle opérait une fellation, elle avait retroussé ma robe et avait saisi mon sexe dans ses mains humides. Une vouture de police s'était arrêtée tout à coté. Un flic en uniforme vint tout de suite ouvrir la porte et nous interpella : « contrôle d'identité ». Le sous-brigadier aperçut mon habit et me donnait du "mon père" à tout va tandis qu'Olga, qui n'avait pas entendu l'arrivée de la police, relevait sa tête de mes cuisses. Les deux autres étaient déjà sortis de leur voiture.
« Comment en êtes-vous arrivé là mon père ? ». Le « prolétariat flicard » est souvent moralisateur. J'en avais déjà fait l'expérience, étant moi-même de la maison. Il avait décidé de nous amener au commissariat, avenue Mozart.

J'avais réussi après plusieurs heures d'explications à faire valoir mon grade et qualités de la maison poulaga, la tête basse j'étais rentré chez moi. Un peu honteux de la situation en y repensant aujourd'hui et aussi heureux d'avoir réussi à prendre un peu de plaisir dans cet habit singulier.

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