samedi 21 janvier 2012

Barbouze un jour, barbouze toujours

Je suis assis à mon bureau, vissé sur mon siège, un œil sur la seine à ma droite, un autre sur mon ordinateur. Les dossiers s’empilent. Ma tasse de café froid trône à côté de mon clavier. J’ai envie de m’en tirer une, mais avec le froid qu’il fait dehors je vais attraper la crève. Maudite loi Evin ! J’ai dix mille paperasses à remplir, normalisation, règlementation… qu’est ce que je m’emmerde. Il me manque les chaussons, la pipe et le pull jacquard pour finaliser le tableau. Y a pas à dire, j’ai un poste en or, payé une blinde : responsable de la sureté d’un grand groupe industriel Français. Certes, je gère aussi bien la protection des bâtiments que les personnes ; je suis aussi responsable de la sécurité des usines, et je travaille étroitement avec le responsable de la sécurité des systèmes d’information. Un métier passionnant mais bien loin du terrain que j’ai labouré tant d’années. Le service me manque, l’inaction m’encroute.

Bien évidemment je ne suis pas rouillé. Je cours tous les jours, je poursuis mon entrainement de Krav-maga et m’amuse toutes les semaines au tir avenue Foch. Mais ce n’est pas pareil. Je suis comme un loup enfermé dans un parc d’attraction. J’ai le gite, l’espace, la nourriture mais mon instinct me porte à l’extérieur. Je ne me sens bien que dans le mouvement, ne vibre que dans la mission, ne respire que sous adrénaline. J’en ai parcouru des pays, j’en ai connu des crapules, j’en ai buté des salopards. J’ai vécu sur le grill, en permanence dans l’instant présent, ne sachant pas si le lendemain j’aurais encore eu un souffle de vie. 
 
Le téléphone sonne. Encore un problème sur le système obsolète de vidéosurveillance sans doute… j’ai l’impression d’être un gardien de parking. Ah, non, c’est Manu, mon vieux camarade de virées nocturnes en désert Saoudien. La dernière fois que je l’ai vu, il s’était pris une balle de 9mm dans l’épaule et était en convalescence dans une petite clinique des Yvelines. Depuis, il bosse dans l’ombre, pour une quasi-police politique. Officiellement, il n’existe pas. Il butte de la racaille, des pourris, mais aussi des gens biens mais gênants, je crois que c’est son métier. Je ne l’ai jamais revu, je le croyais envolé ou mort.

 
Ouah, je me prends une bouffée d’air pur en plein visage, le vent de la liberté souffle dans ma tête. Manu a besoin de moi, il cherche un associé pour une mission délicate et bien payée. Il m’en parlera de vive voix à notre repère… je pense savoir de quoi il parle. Je fonce ! Mieux vaut mourir dans l’action que pourrir derrière les vitre fumées d’un bureau aussi classieux soit-il.  Barbouze un jour, barbouze toujours. Le goût du sang commence à me venir en bouche.

C’est un délice…

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