Le piston

Je me souviens, monter cet escalier peu sûr, dans ce qui était notre maison. Tu me laissais monter cet escalier de meunier. Avais-je 3 ans, 4 ans ? Tu n’étais guère patient.



Je me souviens de cette espèce de fenêtre-judas, dans cette pièce qui est devenue ma chambre et qui n‘est plus… Je me souviens de l’odeur, de ces moments trop peu nombreux papa ! Cher papa, je ne sais pas pourquoi j’écris ces mots, peut être parce que mon premier garçon est né ? Et que je ne sens pas chez toi cet attachement.

J’ai zéro mémoire. Je n’en peux plus de ne pas me rappeler. Je ne me souviens de rien. C’est grave. Je n’ai que des impressions. Je suis pointilliste de la vie. Je ne me rappelle que des choses sans aucun sens ;de mon premier numéro de téléphone, de tous les codes d’entrée des immeubles où j’ai habité, de suites de chiffres sans aucun intérêt, de mes codes internet, de mon premier login/password…



Je peux me perdre à peu près partout. A Paris sûrement, à Londres encore, peut être à Huelgoat même … Mais je me souviens de toi ! Je me souviens de tout ! Enfin des couleurs, des sons, des odeurs. Je me souviens rarement des gens ? Je ne comprends pas ? Pourquoi ?

Je me souviens des visages et je mets des noms sur ceux-ci quand je les trouve… Enfin parfois. La distraction de l’enfance, de l’adolescence laisse place à l’Alzheimer ! «Tu roucoules salope. J’adore ta voix rossignol ! N’arrête pas Rouge gorge ! Chante pour moi !», trop forte, cette chanson assure…



Mes études terminées, tu avais voulu m'aider pour trouver un job, dans la communication, la presse...Tu connaissais tout le monde, plutôt tout le monde te connaissait. Tu avais tissé un tel réseau de "baveux" qu'ils devaient te renvoyer l'ascenseur et tu avais décidé que c'était le moment pour moi de l'utiliser.

Tu avais pris rendez-vous pour moi avec un tes amis journalistes, plume bien connue d'un grand quotidien Français. Pas de choix dans la date, j'étais convoqué deux jours après.

Un grand bureau au milieu d'une immense salle de rédaction, Jean-Pierre m'avait accueilli, il tentait de connaître mes motivations, mes goûts, savoir à qui il avait affaire en somme. Sur la défensive, j'avais réussi à tenir plus d'une heure une conversation qui tournait autour de la politique et de mes aspirations. Je sortis content de cet entretien et certain que j'avais fait mon effet. Une semaine plus tard, Il me rappela et me demanda de rappeler Monsieur Kieffer de sa part pour le rencontrer au plus vite, il cherchait un "jeune" pour compléter l'équipe de communication d'un parti politique bien connu.



Monsieur Kieffer était le directeur de cabinet du Président, ministre de la défense. Le lendemain je me retrouvais devant ce Monsieur Kieffer qui, d'emblée, me dit tout le bien que pensait Jean-Pierre de ma petite personne : "Vous êtes BCBG, j'aime bien ça" ; je portais une écharpe Burberry, je comprenais que ce détail avait fait auprès de lui une vraie différence.

Il m'avait parlé de ma mission, revue de presse, organisation des voyages, appels des journalistes pour les informer des événements...Tout me semblait assez clair jusqu'au moment où Monsieur Kieffer voulut me montrer quelques photos que son assistante venant de lui déposer sur son bureau. Il revenait d'Afrique, de Centrafrique plus exactement. Il avait été militaire dans sa carrière passée et avait gardé "d'excellentes relations" avec certains dirigeants de ce pays. 


Fier de me montrer ces images, toutes justes développées, il posait aux côtés du Chef de l'état. Je savais que la République Centrafricaine avait connu depuis son indépendance de nombreux troubles politiques. Monsieur Kieffer était toujours conseiller à la sécurité, il y accomplissait quelques "piges" tous les ans depuis sa retraite de l'armée Française. Et puis sur une image, il me montra avec fierté quelques militaires vêtus d'uniforme sombre "C'est moi qui ai dessiné cet uniforme !, Comment le trouvez-vous ?"

Je regardais attentivement la photo, je distinguais parfaitement sur la casquette d'un soldat, une tête de mort, symbole tristement connu des nazis. Je ne rêvais pas, le colonel Kieffer avait reproduit pour les soldats de la garde rapprochée de ce chef d'état, l'uniforme SS !


Troublé par ce qu'il venait de me montrer, sans aucune réserve, je restais poli et comme l'entretien était terminé, je le saluais. Je ne sus jamais s'il avait décidé de me provoquer en me montrant ces images et s'il était vraiment l'auteur de cet uniforme car je ne le revis jamais...

1 commentaire:

  1. tu veux mon avis ? Il avait vraiment dessiné l'uniforme ... Beaucoup sont encore fascinés par les symboles nazis ...

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