Chasse au nuisible

Cela fait maintenant de longs mois que la vermine s’enracine au sein du foyer de mon ex. Je ne me sentirais pas vraiment concerné si mes enfants n’y passaient pas la plupart de leur temps, garde partagée oblige. J’ai donc décidé de lui rendre service et d’aller enfumer de la punaise, intoxiquer du cafard, cramer du sale rat et liquéfier de la termite. Ils se sentiront mieux lorsqu’ils vivront dans un univers plus sain.

Il est vrai que lorsqu’on vit avec ce genre de bestiole, on ne s’en rend pas forcément compte. C’est un peu quand on a les pieds dans la merde, au bout d’un certain temps, on n’est guère dérangé par l’odeur. Mais moi qui ne vis pas avec eux, les relents d’égouts, ça me dégoûte. Le parasite s’accroche, il me faut le déloger et l’exterminer.

J’enfile donc ma combinaison, chausse mes rangers, prend ma parka, mes gants et ma cagoule, et m’engouffre dans mon 4x4. Je file à vive allure sur la N118, la mallette contenant le matos de nettoyage calée derrière mon siège. Il est 20h, je vais dans un premier temps prendre Bob. Cet ancien du service me sera très utile pour évacuer le sac à cloporte, une fois le travail accompli. Malgré son âge avancé et sa propension à siroter du Ricard, ses réflexes sont encore vifs. Il est rôdé à ce genre de mission, les automatismes reviennent vite. Il fait un travail nickel, propre et ne laissera aucune trace de notre intervention. Il me sera aussi très utile pour dissoudre la merde rapportée dans mon coffre.

20h30 Bob est à l’heure et m’attend au zinc du bar de Chaville. Je klaxonne, il enfile d’un trait son godet et bondit dans la caisse. Gabardine sombre, cheveux gominés, gants de cuir… il est beau mon Bob, presque trop pour aller nettoyer du nuisible.
21h30 La nuit commence à tomber. Nous sommes stationnés à quelques mètres de la maison, sous un arbre, tapis dans l’ombre. En ce mois de septembre, les jours ont déjà sérieusement raccourcis. Le rat ne devrait pas tarder à se manifester. 22h, j’allume une dernière clope, mon paquet est terminé. Bob somnole, il ne dort jamais, toujours sur le qui-vive. 22h30,  il pointe le bout de son nez.

Comme prévu, la bête rentre au bercail et déboule avec sa 106 pourrie. Je démarre. Bob prend la mallette, saisit le 9mm équipé d’un silencieux et me le donne. Je me place à la hauteur de sa voiture, il vient tout juste d’arrêter le moteur. Je baisse la vitre de Bob qui passe la tête en dehors de la voiture pour demander son chemin. Le mollusque baisse la sienne,  d’un air agacé nous demande ce que nous voulons.

Je braque et tire. Un seul coup, dans la tête, précis.

Bob s’extirpe d’un coup du véhicule. Il faut aller vite. Il saisit le corps d’un coup, le place sur son épaule et le transporte dans mon coffre. Je démarre en trombe. Bob saute dans la 106, démarre et me suit.  Il n’a fallu qu’une poignée de seconde pour nettoyer la merde

Nous nous rendons chez Georgio, une casse au fin fonds du 78. Bob y dépose le véhicule. Il sera nettoyé, dans tous les sens du terme. Il ne devrait rester qu’un cube de la boite à fumier.
Pour le corps, c’est un peu plus compliqué. Mais Bob est un spécialiste.

Je me sens mieux, plus serein, libéré… Le nouveau compagnon de mon ex me pourrissait la vie et surtout, celle de mes enfants. En éliminant ce parasite haineux, violent et magouilleur, nous n’avons fait que rendre service à la société. Combien de personnes disparaissent ? Ils vont acheter un paquet de clopes et ne reviennent jamais.

Nous nous engageons sur l’A13 en direction de sa ferme de Normandie, une partie sera certainement bouffée par les cochons, une autre finira en terreau. 

Né de la terre, tu retourneras à la terre.

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