jeudi 3 novembre 2011

L'Europe

Toute mon enfance et mon adolescence j'ai entendu dire que l'Allemagne était le plus grand pays d'Europe. Ce que je comprenais surtout, c'est qu'en tant que baby-boomer, l'Allemagne avait perdu la seconde guerre mondiale, et que son peuple entier avait commis des atrocités, crimes contre l'humanité et Shoah. Que les dirigeants avaient organisé le plus grand meurtre collectif que le monde n'avait jamais connu auparavant.

Ma famille Française avait été persécutée, mon grand-père déporté en Pologne pendant les années 40. Pourtant mon oncle Pierre en voyage dans les années 60 à Londres avait rencontré celle qui allait devenir sa femme : Ingrid, fille au pair Allemande. Il avait craqué, elle était si belle et il n'avait pas les scrupules de mon grand-père. Ils se marièrent en France, devant deux témoins et un prêtre trouvé pour l'occasion.
Ma famille avait décliné l’invitation. Au sortir de la guerre, l'Europe était encore très divisée et les Français dans la souffrance ne pouvaient pardonner.
Je me souviens des grandes déclarations de Pierre qualifiant les compatriotes de son épouse. Elle était Bavaroise et catholique. Les Allemands était le plus grand peuple d'Europe, sous-entendu nous les Français, bien petits et pas à la hauteur.
"Il n'y a qu'à voir le football..., nous, Français avons créé la coupe du monde et seuls en Europe les Allemands pouvaient la remporter...". Selon lui ils étaient fait pour gagner et nous pour perdre. Leur image forte, d'organisateurs rigoureux prouvait au monde que malgré leur défaite pendant la guerre ils étaient les gagnants en sport et qu'ils avaient réussi, déjà moins de 20 ans après, à recouvrer une image victorieuse. Lors de dîners chez lui et Ingrid, nous rencontrions ses neveux Allemands de
passage à Paris pour affaires, plus âgés que mon frère et moi, et donc déjà dans la vie active.

Ils garaient leurs grosses berlines devant la maison, comme autant de démonstration de leur belle réussite. J'avais le sentiment qu'ils avaient tout gagné et que nous n'arrivions à pas grand chose : un certain complexe d'infériorité en quelque sorte.
La réalité s'imposait, dans les années 70, l'Allemagne est déjà double vainqueur de la coupe du coupe du monde football ! C'est important dans l'imagerie collective de la vieille Europe.
L'économie Allemande se développait à un rythme soutenu, le pays connaissait une nouvelle industrialisation.

Et puis vint un soir d'été 1998, la France était en finale de la coupe du monde de football, l'Allemagne éliminée depuis plusieurs tours déjà. Contre le Brésil, la plus grande nation reconnue dans ce sport, la France s'imposa.

Je pris ce soir-là mon téléphone pour appeler Pierre, Il ne répondit jamais.
J'avais le sentiment que la France avait vaincu le signe indien et pour la première fois de ma vie j'avais l’impression que nous pouvions tout gagner car nous avions gagné au foot et que les Allemands avaient perdu bien sûr. Alors je voulais lui dire que cette époque était révolue et qu'il fallait s'attendre dorénavant à connaître une France qui gagne !
L'Allemagne connaissait une crise économique et identitaire causée sûrement par sa réunification. Les Allemands découvraient les problèmes d'intégration des populations de l'est anciennement communistes. Aujourd'hui je pense qu'ils l'ont réussie.

Et l'Europe entière est en crise, financière surtout. L'heure est grave ! Et je sens que nos deux pays sont liés dans la lutte contre cette récession ou plutôt cette contraction, comme l'affirme les spécialistes.

Je comprends la perception mutuelle de nos peuples et nos dirigeants à devenir valeur d'exemple pour l'Europe, je ne voudrais plus jamais connaître ce sentiment d'infériorité ni celui de supériorité pour l'avenir de nos enfants.

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