samedi 12 novembre 2011

L'échec

Le contact est froid. Bien que maintes fois préparé à ce type d’épreuves, la sensation est unique. Dans l’action, pas de place à la réflexion. Chaque scenario est envisagé, chaque geste de comportement ou de riposte répété. Nous agissons par réflexe tels des automates. 

Bien évidemment cette situation a elle aussi été appréhendée et répétée. Bien entendu, il convient de rester de marbre et ne pas céder. Mais là, les sentiments interdits, habituellement endormis lors de mes missions, ressurgissent et prennent vie ; je ne peux m’y opposer. 

Assis devant cet écran de PC, je vois défiler les lignes de codes qui m’hypnotisent. Je n’ai que peu de temps à la réflexion. J’attends l’étincelle qui déclenchera la propulsion de la balle. Je l’imagine filer dans le canon, en sortir et m’éclater la tempe. Sa main ne tremble pas, c’est un professionnel tout comme moi. Et je ne laisse apparaître aucune réaction. Je sens juste sa respiration, forte et saccadée. Et les lignes défilent… sa voix me pénètre le crâne : « plus vite ! ». 

Je n’aurais jamais dû taper ce maudit code et appuyer sur « enter », ce n’était pas prévu par la procédure. Inimaginable ! Et pourtant je l’ai fait car l’instinct de survie était le plus fort. Je ne peux me résoudre à mourir à 33 ans, comme le Christ, non pas percé par une lance mais par du 9 mm. Dans une poignée de secondes, toutes les données seront transférées. Des informations hautement confidentielles d’une grande industrie Française d’armement auront basculées à l’ennemi, en quelques clics, avec pour seul rempart ma carte secure-ID et mon mot de passe. Elles n’étaient guère plus protégées car elles ne devaient que transiter par mon PC.
L’homme qui braque son arme sur mon crâne le savait et a juste profité de l’unique fenêtre de tir qu’il avait à sa disposition.  75, 85… 90 % ; je n’ai pourtant pas de famille à charge, alors pourquoi ai-je craqué ? Il n’a même pas eu à me torturer, juste à me menacer d’un ton ferme l’arme à la main. J’ai déjà connu ce type de menaces, et m’en étais dégagé grâce à quelques parades rapides et efficaces. Mais là je me suis retrouvé piégé dans cette chambre d’hôtel minable, face à ce bureau de noyer qui dénote du cadre. J’étais absorbé par le traitement de ces maudites données. Il est entré furtivement et m’a doucement posé le canon sur la tempe.  95%... d’ici peu il aura accompli sa mission, et moi lamentablement échoué. 98%...  

Peut-être me laissera-t-il une fois le transfert finalisé. Comment aurais-je moi réagi ? Je l’aurais flingué… Mais autre culture, autre entraînement, autre mœurs, peut-être me laissera t’il en vieeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeee . . . . . . .   .    .     .       .

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