lundi 14 novembre 2011

Le chemin de crête

« Le jeu c’est ma grande passion »  lançait l’acteur Omar Sharif dans une pub télé pour le PMU. Cela vous situe un peu à quelle génération j’appartiens. Et bien moi aussi le jeu c’est ma grande passion. Mais les canassons ne m’intéressent guère, j’ai baigné en effet dès le plus jeune âge dans les jeux vidéos.
« Premier contact»

Tout à commencé quand un cousin m’a présenté l’Apple 2. Passionné d’informatique, il était bien plus en avance que moi et bidouillait sur cette étrange machine. Il possédait déjà la force, je n’étais alors qu’un jeune padawan. Puis ce fut le tour d’un maître d’école qui me fit découvrir le Sinclair ZX81. Plus d’un kilo de RAM extensible, vous vous rendez compte ! Ce fut le déclic. Alors que je n’avais connu que la console Atari Pong, je faisais entrer dans mon foyer un ordinateur. Flight Simulator, Mazzog… le premier usage d’un ordinateur pour un gosse, c’est le jeu ! 

« La culture du gratuit »

Et il n’y a pas de mystère, le support de stockage étant la K7, nous copions allègrement les jeux comme on pouvait copier de la musique. La culture gratuite du numérique vient de cette époque, il ne faut pas se leurrer !
J’ai aussi fait mes premiers pas en programmation, pour concevoir des mini-jeux ; je jonglais entre devoirs et ordinateur. Cet apprentissage fut bénéfique pour casser les premières protections apparues sur mon Oric Atmos (sans passer toutefois par l’Oric 1). L’Aigle d’Or, Xénon… les jeux avaient passés un cap de sophistication ; nous nous gaussions des  T07 pourris imposés par Thomson à l’Education Nationale et regardions avec amusement son successeur, le MO5 tenter de s’imposer comme successeur légitime (après le TO7/70 pour les puristes). Mes copains de l’époque possédaient des Amstrad, Zx Spectrum ou des Commodore 64, quelle époque !
« Péter les protections »

Puis tout naturellement, j’ai suivi l’évolution par l’acquisition d’un Atari ST, 512 puis 1024 en ajoutant de la RAM (d’autres optèrent pour l’Amiga 500). Nous étions passés à l’ère de la disquette 3,5 pouces, cette bette de course possédait des qualités graphiques et sonores époustouflantes pour l’époque. Qu’est ce que j’ai pu jouer sur Arkanoid, Stunt Car ou Rick Dangerous. Nous échangions les jeux dans la cour de récréation, là encore en faisant péter de simplistes protections. Nous n’avions ni l’envie, ni les moyens de payer. Les jeux circulaient ainsi de mains en mains, comme ils peuvent aujourd’hui s’échanger sur le net. La musique faisait de même, sur K7 puis sur CD.

Puis grandissant, j’ai fini par acquérir mon premier PC… quelle chute ! Mais la standardisation était la plus forte. Documents, images, sons… le plus petit dénominateur commun d’échange était le PC, il fallait sans doute s’y soustraire. D’autres ont répondu à l’appel du Macintosh, moi j’ai choisi de rentrer dans le moule, dans la masse.

« L’exploitation des majors »

Et sur PC, la copie et le crack étaient aussi naturels que sur un Oric ou un Atari… cela va de soit, le coût d’achat de ses machines étaient déjà élevés, nous n’allions pas encore débourser pour des jeux !

L’internet a amené une dimension bien plus importante à notre activité, celle de l’échange planétaire. Nous partagions aussi bien l’information que les logiciels, nous entraidions et nous jouions ensemble en réseau (Warcraft, Starcraft...). Au début à 56 kb/s c’était laborieux, plus tard nous jouions dans les entreprises. Le crack était devenu ma grande passion après le jeu. Nous imagions des noms plus farfelus les uns que les autres, avec à la fin du nom un « crew » judicieusement trouvé. 

Et nous ne pouvions que justifier cet esprit « Warez » que par une lutte contre les majors qui s’engraissent sur notre dos, que ce soient pour de la musique, des jeux et plus tard des films. Tout contenu est crackable pour être diffusé librement. Aujourd’hui, les petits jeunes pètent les consoles ou les téléphones comme nous faisions sauter les protections des jeux sur K7 : c’est enfantin ! Allez faire un tour sur internet en cherchant « crack wii » ou « jailbreak iphone » ou encore « crack psp » et suivez les tutoriaux.

«Du crack au Hack »

Nous possédions tous cette aisance, ce talent né de notre passion. Certains comme moi, sont passés au hack, par jeu toujours et par défi. Certaines boites étaient (et demeurent) si peu protégées que ça en devient risible. Nous faisions sauter les barrières, quelques qu’elles soient. Les failles aussi bien techniques qu’humaines sont exploitées. Tout se qui renferme de l’informatique ou de l’électronique devient une cible : serveurs, panneaux d’affichages, gsm… voire même maintenant les équipements industriels (Stuxnet ça vous parle ?).

Les plus talentueux se font repérer et recruter. Pour qui travaillons-nous ? Pour nous-mêmes avant tout, certains pour la gloire, peu, et beaucoup pour l’argent. Et puis un donneur d’ordre vous approche. Espionnage industrielle ou réseaux mafieux, où est la limite ? Le hack est un chemin de crête, difficile à tenir. Nous basculons aisément de soit disant « hacker blanc » au mauvais côté de la force. Et puis, ne vous inquiétez pas, quand le hacker se fait choper c’est rarement le commanditaire qui est condamné. Moi, je fais partie de ceux qui se sont fait prendre. Au final, je n’ai pas payé l’amende et me suis fait recruter par la gendarmerie. Puis j’ai valorisé mes compétences dans le privé. J’ai bossé avec des collègues anciens-policiers ou barbouzes, dans un but défensif mais aussi offensif face à la concurrence. Et, vous savez, les plus pourris ne sont pas forcément là où les imaginent. Le col blanc a les mains sales, croyez moi !

« La professionnalisation »

J’identifie les failles, les exploite, pour vendre ensuite mes services. Certaines sociétés comblent les trous, d’autres les laissent ouverts et béants. Au final, c’est le consommateur qui est fragilisé par la négligence des fournisseurs de services, des webs marchands ou des réseaux sociaux. Vos données personnelles, parfois même vos informations bancaires, sont accessibles au plus grand nombre ! Lulzsec a mis certaines failles en exergue, de manière sauvage, mais à montré au plus grand nombre que le système est totalement défaillant.

« Hacktiviste »

Et il m’est arrivé, je l’avoue sans honte et même fierté, d’apporter mon expertise à une cause que j’estime juste et fondée. C’est ainsi que j’ai aidé comme j’ai pu les Anonymous dans la révolution du Jasmin. J’ai cracké du code, ce que je sais faire. C’était mon humble contribution à la révolution, mon support actif aux frères Tunisiens. Tunisie, Egypte, Syrie… dès que j’ai pu, j’ai apporté ma pierre à la reconstruction. La seule chose qui me désole est de voir ces gamins rejoindre le mouvement sans aucune expérience, et se faire gauler en utilisant des outils DOS comme LOIC en téléchargement libre et sans aucunement protection. Ils sont la chaire à canon de cette cyberguerre. En France, ils ne risquent pas grand-chose, au Moyen Orient c’est au mieux la geôle qui les attend ! Anonymous un jour, Anonymous pas toujours ; je rebascule quelques jours plus tard dans mon quotidien de hacker privé. 

Un jour sans doute aurons-nous l’occasion de nous rencontrer. Dans un commissariat, sur le DefCon ou encore à La Défense, dans une grande salle de conférence feutrée ou bien sur le parvis avec les indignés… tout dépend si vous êtes du bon ou du mauvais côté de la Force. Encore faut-il savoir ce qui est vraiment juste.

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