mardi 8 novembre 2011

Billet de sang

Je suis parti de France pour aborder les cotes Pakistanaises. J'aime tout particulièrement ce pays. Non pas pour la beauté de ses paysages ou de ses femmes, ni pour la gentillesse de sa population, mais parce que j'y ai une utilité visible et frappante.
Je sers les intérêts de mon pays, surtout ceux de ses industries, et je dois, par ailleurs, servir aussi les intérêts du gouvernement hôte. Je m'enveloppe de ce drap nationaliste qui me va si bien. Cette fois-ci j'ai joué un rôle majeur dans la vente de sous-marins, engins à mon image, furtifs et de valeurs. J'ai rencontré pas mal d'intermédiaires et d'hommes de mains pour conclure cette affaire. Je sers à graisser la patte de bon nombre de tiers véreux mais influents et incontournables. L'acheteur paye et c'est à ce moment que je me disloque. Je reviens certes comme convenu à mon gouvernement, mais je récompense aussi les commissionnaires. Ces derniers me séparent une nouvelle fois et me renvoient dans les mains des hommes d'affaires Pakistanais qui ont facilité la transaction.
Je passe ainsi de mains en mains, facilitateur d'affaires et nerf de la guerre au sens propre du terme. Je remplis aussi au passage quelques caisses noires servant à financer les campagnes des politiques. Le processus est bien huilé, cela fonctionne ainsi depuis des lustres. C'est normal. Même si je ne suis pas «propre », je ne suis un criminel. Jusqu'au jour où, fruit de querelles intestines, un Président décide de tout stopper, asséchant ainsi le filon. Je suis le ruisseau de vie. Qui me coupe, stoppe le système et engendre le froid et le néant.

Le 8 mai 2002 à Karachi, je fus taché du sang. Vers 8 heures, la Toyota rouge s'est élancée sur le bus des employés de la Direction des constructions navales. L'explosion a éparpillé les chaires de 11 Français à plusieurs dizaines de mètres. La mort était venue frapper à la porte des sous-marins Agosta vendus par la France, pour rappeler aux politico-affairistes leurs obscures arrangements. Moi, billet de 100, avait alors versé le sang.

Mais rassurez-vous, je me suis racheté depuis une virginité (doux euphémisme). J'ai été blanchi, et ai repris mes circuits et mes transactions. Je me suis juste un peu éloigné du Pakistan. Je reverrai certainement ce beau pays qui me sied tant...



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