jeudi 13 octobre 2011

Lettre à ma meilleure amie

« Très chère Françoise,

Cela fait maintenant plus de 6 mois que nous communiquons ainsi, via Facebook. Plusieurs semaines d’émotions, de fous rires et d’échanges virtuels. Nous avons passé de très bons moments derrière nos écrans. Je pense tout connaître de toi, enfin l’essentiel. Maintes fois, tu as cherché à me connaître, à me rencontrer. Hélas, une mauvaise grippe, un projet trop prenant, un week-end en Normandie, la Foire de Paris… de multiples obstacles se sont dressés sur notre route.

Ton message d’hier appelait une nouvelle fois à une entrevue. Quoi de plus normal en effet, après de longues conversations en chat que de vouloir revoir son ami d’enfance. Nous avions 6 ans quand nous nous sommes rencontrés dans la classe de Mme Legrand… cela fait plus de 30 ans, et nous ne nous sommes jamais revus. Seule ma photo d’enfance sur Facebook te rappelle cette tranche de vie… Nostalgie !  Ce bon vieux Dominique a bien fait de te demander comme ami sur le premier réseau social mondial, n’est-ce pas ?

Peu à peu, tu m’as narré ta vie : tes études, ton mariage, tes enfants, tes voyages… et tes déplacements dans cette grande entreprise nucléaire Française. Après de brillantes études, tu as accédé à un poste à haute responsabilité, quelle réussite magnifique ! De longues heures en ligne, tu m’as décrit ton job, ton environnement, tes collègues, les projets… Et comble du comble, nous avons suivi la même voie ! J’exerce en effet la même fonction dans une entreprise similaire, mais beaucoup moins prestigieuse. Nous avons alors échangé sur nos problématiques communes, partagé des documents de travail… tu m’as apporté beaucoup !

Je ne te remercie jamais assez de m’avoir mis en contact avec certains de tes collègues, hautement spécialistes de sujets sensibles.  J’ai l’impression de connaître ton univers professionnel aussi bien que ton cercle familial.

Nous sommes devenus si complices, tu m’as rendu tellement de services !

Et aujourd’hui, de nouveau, tu sollicites un café ou un déjeuner. Et à nouveau je suis contraint de refuser cette requête, mais cette fois-ci de manière définitive.

Nous ne nous rencontrerons jamais Françoise.

Je ne suis en effet pas celui que tu crois ; Dominique n’est en effet qu’un avatar.

Certes, le Dominique Pignant du CP de l’Ecole Notre Dame, existait bel et bien… mais je ne l’ai pas connu, il est décédé il y a plus de dix ans.

Et si je t’écris à cet instant, c’est pour te prévenir que demain, lundi, la brigade Financière débarquera dans ton entreprise, et qu’il y a de fortes chances que tu sois impliquée. Comme, nous le savons, tu n’es pas coupable. Cette lettre devrait donc t’éviter les tribunaux. Etant toutefois responsable de crédulité, je ne pense pas que tu fasses long feu au sein de ta structure.

Je t’épargnerai tous les détails des informations que tu as pu me transmettre directement, indirectement, à travers le cheval de Troie que j’ai pu placer dans ton ordinateur ou le mouchard injecté dans ton iphone personnel.
N’ai pas d’inquiétude, je ne ferai rien des tes photos coquines laissées sur ton PC de la maison ; je n’abuserai pas de tes mots de passe et ne vendrai pas ton code de carte bleu sur le marché. J’ai en effet une déontologie.

Par contre, comme tu t’en doutes, bien d’autres éléments ont circulé et ont été utilisés. Les transactions se sont bien déroulées, le jeu des vases communicants est terminé. Mon job est accompli. Je suis payé pour ça, Françoise.

Quant à mon employeur, je ne sais pas quelles sont ses motivations. L’espionnage économique a ses raisons que la raison ignore.

Je t’embrasse Françoise, tu es quelqu’un de bien.

J’efface mon profil virtuel pour en recréer un autre.

Adieu »

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