Le secret du mercredi

Le secret c'est mon métier. Dans ma carrière, j'en ai protégé plus d'un des secrets.

Et puis j'avais été formé. Je savais que pour qu'un grand secret soit gardé il fallait en créer un second ; plus petit et souvent moins important, pour s'en servir de leurre et ainsi focaliser l'attention des intrigants.



A ce moment-là de ma carrière, mon Président était surnommé le Florentin. Et des mystères il en avait.
Il avait décidé de créer un groupe d'apprentis sorciers qu'il avait installé au château afin de protéger sa personne et son entourage des indiscrets.
Notre service était tombé en disgrâce, et surtout il avait bien trop peur de nos méthodes qui par le passé avaient fait leurs preuves. Pas de bavure, mais des résultats !
Alors une équipe de militaires, à ses ordres, écoutaient les conversations téléphoniques de ceux qui auraient pu connaître le grand secret et le révéler. Un secret d'Etat !

Des dizaines de journalistes, écrivains, comédiens faisaient l'objet d'écoutes illégales !

Le Président vivait de nombreuses vies publiques et privées. Il avait aussi certaines habitudes qui ne facilitaient pas sa protection.
Tous les mercredis, il prenait son super puma de l'école militaire pour une destination qui au début restait inconnue de tous ou de très peu. Par la suite, dès 1994, on apprendra quel était le plan de vol rituel du pilote ! Que le secret longtemps si bien gardé n'était qu'humain. Le secret d'un Président qui aimait les femmes et que celles-ci étaient siennes : mère et fille.

Le super puma atterrissait à Rambouillet, puis une voiture l'emmenait non loin de là, retrouver une alcôve très privée, une autre vie intime...
Un de ses conseillers affirmait que son Président avait fait le choix de vivre sa vie comme s'il était mort, naturellement inspiré par des existences multiples et un don rare d'ubiquité.

Malgré l'omniprésence de ses services de protection rapprochée, il avait réussi à s'organiser ses moments de tranquillité loin du château. Presque en disgrâce aux yeux du Prince, le service à Rambouillet était sur son territoire.

Ayant une bonne connaissance des aspirations culturelles du Président et toujours en contact avec son cabinet, je décidais de proposer à sa garde rapprochée de divulguer à ceux qui voulaient l'entendre la réelle destination des vols du super puma du mercredi : Rambouillet, vallée de Chevreuse...

Je savais qu'il relisait souvent un auteur qui habitait non loin de là : l'auteur du Roi des Aulnes, de Vendredi. M. T. n'était pourtant pas ce qu'on pouvait appeler à l'époque un écrivain de l'intelligentsia de gauche, il avait plutôt une réputation de droite modérée. Je proposais alors aux confidents de communiquer sur les rencontres du Président et de l'écrivain.

Aucun courtisan du château n'aurait osé s'interroger sur ces rendez-vous puisque le Président était socialiste et l'auteur de droite. Demander pourquoi il allait le rejoindre toutes les semaines à coup d'hélicoptère aurait été du plus mauvais effet sous peine de connaître une infortune certaine.

Le secret dès lors pouvait être bien gardé, l'écrivain était devenu notre complice malgré lui. Il tint bon

Presque 20 ans ! Et je suis fier, aujourd'hui et même en paix.

Le stratagème des visites du mercredi à l'auteur de Vendredi, c'était mon petit secret.

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