Le Celte

La lourde porte se referme derrière moi, me basculant  d’un coup d’une douillette atmosphère à un environnement quelque peu hostile. Un crachin poussé par un vent violent me balaye le visage, le froid et l’humidité m’enlacent et me glacent.
Je boutonne ma parka, serre mon cheich et remonte mon col. Le soleil se couche. La Manche se drape d’un voile ténébreux.  Je m’engage sur le chemin qui mène à la crique un peu plus loin en bas.

Je m’enfonce dans cette lande qui m’a vu naître, arrachant au passage quelques feuilles de genets. J’hume l’air humide imprégné d’odeurs de lavande et d’ajoncs.  Au loin, la mer s’éclate sur la roche, entraînant les galets et rognant la dune. Je me sens bien, détendu et serein. Le milieu peut sembler agressif, mais il est à mon image. Je fais partie intégrante de ces éléments.

Mon esprit fait alors un volte-face et effectue un bond dans le temps d’un peu plus d’un millénaire. Je me sens alors  comme un guerrier celte à la veille d’un combat. Mais demain, point de tribu, j’agirai seul comme à chaque fois. Et ce n’est pas le granit qui se tachera  de sang mais le trottoir Parisien. Ce n’est pas non plus une épée à tranchants que j’aiguiserai ce soir, mais un MAS G1, Beretta 92, que je nettoierai. Point d’Hydromel non plus, je ne bois jamais lors de mes missions. Et je ne chevaucherai pas un fier destrier, mais prendrai le train de 5h25 en gare de Morlaix.  Je ne me battrai pas contre une peuplade sauvage… je ne me battrai pas tout court. Tout ira très vite comme à chaque fois, parce que chaque geste est précis et millimétré ; parce qu’étudié, préparé et anticipé. L’improvisation n’a pas sa place dans mon métier. Il suffira de 2 ou 3 balles, répétées, coup sur coup : une dans la tête, une dans le cœur et une dans la gorge.

Les remords, la crainte, la peur, la faiblesse, toutes ces conneries n’ont pas plus leurs places dans mon job. Je vais abattre un homme oui. Je ne défends pas ma tribu, mais mon peuple. Je ne protège pas mon territoire, mais ma patrie. Je suis dorénavant sur le sable, et si vous voulez que vos enfants jouent encore longtemps à la pêche dans les rochers ou au ballon sur la plage, je dois exécuter ma lourde tâche. Parfois à ce moment, la réflexion tente une intrusion dans mon esprit… elle est cependant immédiatement rejetée. Il n’y a pas de raison à la raison d’Etat.

Je me retourne, accélère mon pas et regagne ma longère.

Demain, je me lève tôt…

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