L'automne

Souvent je me suis demandé s'il n'existait pas un point commun entre toutes les histoires que nous écrivons depuis l'ouverture de ce recueil. En les relisant, les corrigeant avant publication, je me suis rendu compte qu'il y avait un personnage central, quasi présent dans tous nos récits. Il y en a certainement un. Qu'en pensez-vous ?

Difficile parfois de raconter des aventures aussi rocambolesques que des disparitions d'hommes politiques, des affaires d'Etat.
Je savais que tous nos personnages avaient existé, que ces histoires s'étaient bien déroulées et pourtant j'ai mis tant du temps à les sortir de moi, les écrire pour les partager avec vous parce que je les ai vécues.

Je suis né au milieu d'un siècle dernier si meurtrier, au centre bancal d'une fratrie de neuf garçons et filles, en pleine guerre mondiale, au centre de la Bretagne. Enfant d'un tempérament solitaire et manquant de confiance en moi, je parcourais à pieds, de longues heures, les landes autour de la ferme familiale.

On dit aujourd'hui que tout se forge dans la vie d'un homme avant l'âge de 7 ans pour mieux comprendre ce qu'il pourrait devenir ou ce qu'il est véritablement.
Né dans une province où le clergé a longtemps laissé la population dans la superstition, les légendes, je parlais Breton tout comme mes parents, mes frères et sœurs.

Ma personnalité déjà solitaire, probablement créée par le besoin de me retrouver au sein d'une famille si nombreuse. Les moments d'intimité, malgré la grandeur de la maison, étaient rares, comme un besoin de me distinguer, de me prouver que j'existais. Entre les deux, mal inspiré par les aînés et incompris de mes cadets, je n'étais à ma place nulle part. Toute ma vie j'ai gardé ce sentiment.

Revivant un peu mon enfance je comprends qui je suis aujourd'hui. Ce que toutes ces histoires ont fait de moi aussi, tout ce que j'ai pu réaliser pour un idéal Républicain révolu.
Le Romantisme n'existe plus, Paul Géraldy est mort.
Nous mettions du Romantisme dans nos missions. Aujourd'hui les services traquent des cybercriminels, la filature n'est plus la même.
Les intempéries ne se vivent plus que virtuellement. Moi j'aimais me planquer non loin de la cible, l'observer, la chasser, sentir le vent caresser mon visage, faire corps avec elle, la surprendre.

Exécuter un ordre même quelque fois dans l'illégalité, c'est presque romantique. Pourtant si maintenant je vous raconte toutes ces missions, c'est que j'ai besoin de me sauver d'elles, de moi, de ce que je suis devenu, de ma vie. Souvent elles ne m'inspirent que dégoût. Je m'inspire du dégoût ! C'est dégueulasse oui, d'avoir du sang sur les mains !

Je me suis rendu compte que je suis bien le personnage central de mes histoires mais que le point commun de toutes mes histoires c'est l'automne.
Si vous observez bien toutes les dates où se sont déroulées les plus grandes affaires d'Etat, c'est à l'automne en France qu'on kidnappe et qu'on tue les opposants.

Mais tout ça s'était dans le passé, aujourd'hui le sang de nos ennemis est lavé et je suis en hiver pour ce qui est de ma vie.

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