La plainte

Fin des années 90, j'avais ouvert un site internet de petites annonces. En comparaison à d'autres activités plus lucratives, je sentais l'importance du net. D'autres cependant en ont profité bien plus que moi. Peut-être était-ce lié à mon éducation, à mon sens ou manque de communication de ma jeunesse ?

J'avais créé une des premières "web agency" en France. Venant de la presse, j'avais l'habitude des procédures mises en place: BAG (bon à Graver), BAT (Bon à Tirer) et corrections d'auteurs pour tout changement après validation de l'un ou de l'autre. Mais sur le réseau à ce moment là, pas de process, tout était à inventer et à calibrer ! Il fallait trouver des moyens simples de retranscrire ce que nous connaissions sur le papier dans un format quasiment désintégré.
Comment faire signer un BAT sans qu'un client ne revienne sur une correction avant la mise en ligne, alors que souvent le site l'était déjà... en ligne !

Nous étions si peu mais si passionnés. Nous n'avons pourtant jamais vraiment réussi.
Cela peut faire sourire beaucoup de mes confrères aujourd'hui, mais pour nous c'était une réalité, un problème réel de rentabilité d'entreprise. Et ce n'est pas faute d'avoir augmenté nos capacités commerciales. Nous réalisions les sites de marques des plus grandes entreprises Françaises, mais sans en dégager de véritable profit.

Prise de conscience ou volonté de créer, j'avais décidé d'orienter l'entreprise vers le développement de nos sites existants, parmi eux le site de petites annonces que j'imaginais plein d'avenir.
Les petites annonces sur internet en France existaient peu, je décidais de mettre tous nos efforts sur cet axe. Rapidement il devint profitable ! Imagination débordante d'une vie sur internet où nous disions tous que chaque année passée en valait 7, tant nous étions 24 heures sur 24 connectés au réseau. Ayant eu plusieurs chats dans mon enfance, je compris dès lors toute la détresse que pouvait vivre notre félin préféré et que ce rapport de vie était vraiment prédestiné.

Toutes les rubriques avaient été envisagées avec mon associé : l'espace rencontres était le plus suivi et le plus consulté. Se créait alors un espace d'échanges que nous avions décidés de valoriser. Les plus grands sites de l'internet avait acheté notre outil de petites annonces. Nous fabriquions, ils nous rémunéraient pour ça.

En Août 1999, le site avait comptabilisé ses plus hauts scores contrairement aux autres sites qui ne proposaient que des objets ou marques à vendre. Rapidement compréhensible pour nous, les rencontres se provoquent en été et se réalisent en vacances. Nous étions le lieu même de ces échanges.

Un jour, je reçois un coup de fil du commissariat local me demandant de passer dans les plus brefs délais pour être entendu dans le cadre d'une plainte contre X concernant notre site. Absorbé par le développement du site, je laissais passer quelques jours (multipliés par 7) . Je reçus alors la visite des fonctionnaires de police. Impossible de me défiler. "Une femme a déposé plainte contre X, elle reçoit des appels d'hommes lui proposant de la rencontrer, elle est harcelée par ces appels et ne comprends pas comment son numéro a pu être divulgué sur votre site" me déclarait la Police.
Un peu effrayé par l'ampleur que prenait l'affaire, je cherchais à comprendre.
Je fouillais alors tous les logs et l'annonce en question. Je ne pu alors me rendre qu'à l'évidence : ça ne pouvait être que cette jeune femme qui avait pu mettre cette annonce. Son ami exaspéré par les appels incessants d"hommes désireux de la rencontrer l'avait poussé à porter plainte.

Le policier devant les preuves que je lui apportais, devait se rendre à l'évidence, c'était bien elle qui avait laissé son numéro sur l'annonce.

Ce jour d'éclipse totale du soleil, qui nous avait obligé dès la sortie des policiers à monter sur le toit munis de lunettes spéciales, je compris toute la puissance et la malveillance que pourraient faire certains utilisateurs de l'Internet à l'avenir.

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