lundi 3 octobre 2011

A la brasserie

Assis à ma table face à mon collègue, je déguste mon plat préféré : une viande bien saignante accompagnée de pommes de terre à la sarladaise.
Sur le boulevard Saint- Germain, les premières feuilles des platanes jonchent le large trottoir. Au premier étage, j'ai un point de vue sur la chaussée jusqu'au carrefour, jusqu'à l'église, les « deux magots », presque jusqu'au carrefour Mabillon...

Mon invité, mon collègue se régale d'un pot au feu de circonstance ; dehors les gens défilent, emmitouflés.

 Et ce jour-là, en bas, se joue la disparition d'un homme, sans que personne n'y ait prêté attention. Un homme politique étranger va bientôt disparaitre définitivement.
Des barbouzes, 4 collègues, vont enlever un homme qui devait devenir le premier en son pays.
Aujourd'hui, nous le savons, c'est bien un service de police Français qui a eu pour mission de l'enlever et le séquestrer. Pourquoi ?

Etait-il devenu gênant pour une politique clientéliste de la France-Afrique ?

Avait-il décidé de révéler les dysfonctionnements graves des pouvoirs en France et en Afrique ?

L'enquête sur sa disparition n'est toujours pas bouclée et son corps n'a toujours pas été retrouvé.
Comment se fait-il que je sois là, à ce moment-là ?
J'ai un métier ! Je suis dans l'action, au service.

Plus de quarante ans ont passé et je ne l'explique toujours pas.

Plus tard, j'ai bien participé à l'enquête, à la recherche d'un signe de vie de cet homme que je ne connaissais même pas.

Mon collègue qui a un bon coup de fourchette aussi ne s'est aperçu de rien. Comme moi il a pu s'enorgueillir d'avoir été là, à ce moment-là. L'ayant perdu de vue pendant quelques années, j’ai su qu'il était devenu un grand historien. Cet évènement fut sûrement l’élément déclencheur de sa vocation. Le temps est passé et nous ne l'avons pas oublié.
Tous les deux, il nous arrive de retourner, depuis nos retrouvailles il y a peu, dans cette fameuse brasserie, à cette même table du premier étage.
Nous refaisons l'histoire, la nôtre, celle où nous étions des acteurs.
Celle qui nous a liés pour toujours à l'hiver de notre vie.

Dans ma carrière, bien après cet enlèvement, j'ai eu la responsabilité de protéger des chefs d'états d'Afrique réfugiés en France, que notre République ne pouvait abandonner à la vindicte des peuples. Peuples qu'ils ont pendant trop longtemps opprimés avec notre consentement.

Un nouvel élément est apparu depuis dans l'enquête de cette disparition : le lieu de la séquestration.

J'ai l'impression de connaitre cet endroit. J'en suis sûr, je pourrai y aller les yeux bandés comme celui qui a disparu cette fin d'octobre à Paris.

A l’époque j'étais jeune. J'avais déjà fait mes preuves dans le métier. Mes supérieurs me reconnaissaient quelques qualités de mémoires actives.

Et à ce moment précis, où j'écris j'entends encore ce chef d'état Africain m'appeler « Papa ».

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