samedi 8 octobre 2011

Hombres de l’ombre

L’air est encore doux en ce mois de septembre, les feuilles de peupliers commencent tout juste à joncher un sol légèrement humide. A hauteur de ma vue, l’une de ces feuilles rougit. Non pas attaquée par l’automne mais maculée de mon sang. Il se répand sur le trottoir, entrant dans les fissures de béton, pénétrant un mégot écrasé et tachant une feuille arrachée de Libé. Je ne sais pas trop si c’est la Bièvre que j’entends couler ou la vie me quitter.

La place de l'Abbé-Georges-Hénocque retrouve sa quiétude qu’elle n’a que brièvement quitté. Il n’a fallu qu’une poignée de secondes pour rompre l’harmonie du quartier Maison Blanche. Un “Por aquí, hombres !” me fit réagir. Je compris instantanément. Tout se déroula  alors extrêmement vite. La première détonation souleva les pigeons et provoqua la douleur ; la deuxième fut semblable à un violent coup de poignard et provoqua ma chute ; la troisième fit sombrer la place dans un silence absolu. Les cinq autres,  coup à coup, me projetèrent dans l’enfer.

« Hombres ! »… des Espagnols ? Mon soutien à l’ETA aurait-il causé ma perte ? Le GAL m’aurait abattu comme un chien avant que je ne puisse lancer un quelconque assaut ? Est-ce un groupuscule d’extrême droite proche d’une Police en quête d’Honneur qui aurait décidé de venger le meurtre des Pharmaciennes du boulevard Richard Lenoir et leur collègue blessé ? J’étais en effet le bouc-émissaire Juif tout désigné… Ou bien encore le milieu qui pouvait me mépriser ? Les raisons sont de toute façon multiples pour stopper net la révolution armée. Devenu « gênant », je le savais, je le sentais qu’ils allaient mettre fin à ma course folle.  Cet « instinct de mort » que je partageais avec Jacques sans doute…

A moins que ce ne soient ces ombres, et non les hombres, qui me suivent depuis de longs jours. Se savoir filé lorsqu’on est « casseur » et « gauchiste », n’est guère étonnant. 

La révolution en effet ne peut être passive. Les mots peuvent être bien plus forts que les poings. Mais lorsque le système est sourd, seul le bruit du canon fait passer et entendre les idées. Tout accouchement s’effectue dans la douleur… la chute de la Vème République ne pouvait, à mon sens, se dérouler sans les armes. Et sans argent, point de lutte… voilà pourquoi je suis devenu « casseur gauchiste ». « Meutrier gauchiste » résonne dans ma tête mais ne me raisonne pas. Je récuse cette accusation.

Mes liens avec les marchands d’armes d’Action Directe m’auraient-ils condamné ?
Je dérangeais le pouvoir qui ne voulait pas d’une branche de la gauche extrême à la sauce Italienne. Ne parvenant pas à me stopper par la voie légale, la police politique a alors fait son travail. Est-ce un P38 du SAC, un 9mm du même style dans les mains des RG ou encore un 11.38mm de la DST qui m’ont abattu comme un chien au nom de la raison d’Etat ?

Militaires, mercenaires, barbouzes, tueurs à gage, terroristes ou truands… peu importe les bourreaux, la vie me  quitte à cet instant sur ce trottoir du 13ème arrondissement Parisien. 

Un air de Salsa me trotte dans la tête et m’entraine de l’autre côté du Styx.

Adios. Hombres.

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