Le Sud

Dans le sud, on a le sang chaud et les gens sont souvent à fleur de peau.
Le soleil, la combinazione et des personnages sulfureux y sont souvent pour quelque chose.

Alors cette histoire se passe dans le sud...le cadre d'évènements extraordinaires qui se sont déroulés il y a plus de 20 ans.


Une femme, des hommes politiques et une adolescente en sont les principaux protagonistes.
Cette femme, élue de région, un soir sur la route du retour à son domicile, rencontre la mort dans sa clio,en entamant un virage.
Dans sa voiture, elle a juste eu le temps d'appeler un ami pour lui dire qu'il avait oublié sa mallette sur la banquette arrière de sa voiture et qu'elle lui rapportera demain matin lors de leur prochain rendez-vous.

Seulement, juste avant cet appel, elle avait vu son contenu : des documents, des plans de ville... apparemment anodins à la première lecture. Pourtant elle avait compris que certains schémas correspondaient à une partie de son territoire. Celui qui les avait dessinés cherchait à lui cacher son projet, c'est sûr ! Et ces documents étaient dans la serviette d'un de ses meilleurs amis !

Sur la route de la corniche, après avoir laissé son message, elle avait pensé qu'elle était trahie.
Quelques longueurs d'asphalte encore chaude d'une longue journée d'été, le temps d’un éclair, elle a vu un motard la doubler, brandir une arme de poing dans sa main droite et tirer sur elle à bout portant.
Atteinte à la tête, sur le coup, elle décède dans ce virage.
Sa voiture se couche sur le flanc sans dévaler la falaise.

Avait-elle découvert que d'autres amis avaient décidé de l'éliminer ? Sans aucun doute ces documents impliquaient d'autres personnes, des proches, des voisins ?
Était-elle morte pour ça ? Au moment même où elle avait compris qu'elle était trompée, utilisée ?
Un homme de main avait été payé pour la supprimer. Cet acte avait été commandité par ceux qui avaient peur de sa "trouvaille" et de ses éventuelles révélations. On l'avait tuée pour son silence. Ad vitam eternam.

Dorénavant son secret sera gardé par ceux qui ont financé son assassinat.
L'enquête ne mènera à rien ou presque...les supposés gros bras qui ont fait le coup seront retrouvés par la suite morts chez eux, dans leurs garages : suicidés !
Rongés certainement par le remord d'un crime commis pour d'autres ou définitivement éliminés afin d'éviter tous liens avec les commanditaires...

Et si le secret de cette femme n'était pas forcément celui d'avoir su que, politiquement, on l'avait trahie mais qu'en fait, un proche s'était livré à des actes violents sur la chair de sa chair ?
Et si ce proche, à l'automne de sa vie, impliqué dans cette trahison politique n'était pas la cause du mal-être de sa propre fille, anorexique et dépressive ? Et si ce secret n'en cachait pas un autre bien plus grave touchant l'intégrité de sa fille ?


Alors c'est sûrement pour sa fille qu'elle eut sa dernière pensée, dans ce virage sur la corniche !
Mais nul ne peut l'affirmer aujourd'hui.
L’outrageant présumé coule, encore à l'heure où j'écris ces lignes, des jours paisibles sur le rivage de la grande bleue. 


Et la jeune fille n’est plus. Quelques années après le meurtre de sa mère on la retrouva sans vie dans la maison de son enfance.

Je ne suis pas un #Anonymous

Ce qui est bien avec la ToIP (téléphonie sur IP), c’est qu’elle a porté les télécoms dans le monde de l’informatique. Autrefois, pirater un Pabx pouvait être fastidieux (raccordement directe sur une jarretière, ou accès via le canal d’administration de l’autocom), aujourd’hui c’est un jeu d’enfants.
L’IPBX est un PC, vulnérable comme n’importe quelle machine sur un réseau… Il est même encore plus friable grâce aux installateurs privés ou aux responsables télécoms qui nous facilitent grandement la tâche en plaçant de basiques firewalls (quand il y en a), en laissant des ports ouverts ou en conservant des mots de passe d’admin en 0000 ou 1234.

Il ne me faut donc guère que quelques minutes pour hacker le système de téléphonie de cette grande société Française, symbole de notre beau pays. 

J’y suis rentré par le réseau informatique. Comment ? Classiquement par un cheval de troie. Il y a quelques jours, j’ai laissé traîné une clé USB infectée sur le parking de la société… le premier maillon faible c’est l’homme, ne l’oublions pas ! Il l’a utilisé, le ver a ensuite fait son travail.
Depuis quelques heures, j’ai ainsi accès à bon nombre d’informations pertinentes sur la structure : annuaires mails/téléphones, documents partagés, fiches salariales, informations financières… mais je suis allé bien plus loin : liste des mots de passe, données bancaires, fichiers sensibles… un vrai gruyère ce S.I. !

J’en ai profité pour me proposer comme « ami » sur Facebook, Viadeo et Linkedin, avec de vieux copains d’enfance… enfin ils pensent que nous sommes camarades de classe. Pour d’autres, j’étais l’homologue IT dans une structure similaire, le pair avec lequel on échange. C’est ainsi que j’ai pu en savoir plus sur les équipements et logiciels employés, pour pénétrer le système.

Bref, je pompe, j’aspire le maximum d’informations de l’entreprise. Sur tout, sur tout le monde. Parce que c’est mon métier, je suis payé pour ça. Les contrats off-shore, les caisses noires, les fausses factures… sont dans ma machine. Ni vu, ni connu, je ne fais jamais de vague.
Mais aujourd’hui, le « boss » me demande d’aller plus loin. Il faut « plomber » la structure. Je passe à l’action. J’ai de quoi faire tomber le réseau, bloquer les appels… mais l’attaque est trop ciblée, « ils » me remonteront.

A cette fin,  je vais me servir de « L’Al-Quaida du Hacking »… LulzSec, les Anonymous. Ma cible est en effet idéale : entreprise quasi d’état, pollueur, hégémonique, nébuleux… Je me répands sur le forum : sus à l’impérialisme des conglomérats privés, non aux pollueurs tueurs, à bas la magouille financière. Je pénètre les forums spécialisés comme dans du beurre, m’enracine, stimule l’action. De bons camarades ont réalisé une vidéo de « notre combat », diffusée sur YouTube.

La cible sera abattue en fin d’année.

La suite est une voie royale. L’alchimie fédératrice va se faire peu à peu. L’attaque sera massive, utilisant des outils de DoS comme Loic. Le jour J, les serveurs tomberont. Je stopperai aussi les communications téléphoniques, effacerai les annuaires. Je balancerai certaines informations sensibles à WikiLeaks et effacerai celles qui concernent mon « client ». Cette attaque ciblée, massive et coordonnée, mettre à mal les systèmes, le fonctionnement et la réputation de l’entreprise.

C’est l’objectif que je vais atteindre pour de l’argent. Les intérêts de mon « client », je ne les connais pas et ce n’est pas mon problème.

Les Anonymous ? Je ne les remercierai jamais assez de m’avoir aidé…

Mémoires actives

La seule fois de ma vie où mon frère, mon père et moi sommes allés, entre hommes, faire du shopping, c'était le 2 novembre 1979.
Nous étions en vacances. Nous avions l'habitude avec ma mère d'aller dans les boutiques proches de la maison, mais ce jour-là mon père en avait décidé autrement. Il avait souhaité nous amener à Paris. Bonne surprise !

Rue de Rennes, Saint Sulpice, rue des canettes, toutes les boutiques à la mode du quartier Saint Germain. Un blouson en cuir pour mon frère, un Levis 501 pour moi.
Bien assis dans la R16 de mon père, nous repérions les boutiques qui nous intéressaient. 

«Notre secret »

Arrêt rue de Rennes, devant Creeks. Pas de voie de bus à l'époque, nous nous sommes garés devant le magasin, sans aucune crainte de voir un papillon de contravention sur le pare- brise à notre retour. La R16 était banalisée et mon père était flic !
Ça nous le savions tous les deux, mon frère et moi ! C'était notre secret de petits garçons. Secret bien gardé ! A ce moment-là, peu après 68, nous nous étions rendu compte qu'il n'était pas bon pour nous d'afficher la profession de notre père.


A notre retour à la voiture, le blouson en cuir vieilli sur le dos de mon frère, des sacs de fringues à la main, le téléphone sonne.
Courte conversation : "Très bien, merci, rappelle-moi"
Mon père n'en disait pas plus. Et nous n'étions pas sensés savoir, ni comprendre ce que son interlocuteur lui disait. C’était comme ça entre nous, dans notre famille.
Notre père avait un métier, mais nous ne devions pas savoir ce qu'il faisait. Tout ça était normal, nous le pensions.

« L’ennemi public numéro 1 »

Puis sur le trajet du retour, une nouvelle fois, mon père décroche. Il écoute, le combiné collé à son oreille, il remercie et raccroche.
Arrivés à la maison, nous avons présenté nos cadeaux à notre mère. Elle nous avait préparé un dîner comme à son habitude. Nous allumons le poste, première chaîne, le journal.
Premier titre : "Mesrine est mort..." Incroyable ! Nous savions que toutes les polices de France, et même d'Europe, étaient à la recherche de l'ennemi public numéro 1.
C'était la grande messe du journal, le rituel du soir où nous suivions ses aventures. Comme il avait déjà pris des otages, il rentrait tous les soirs dans les foyers des Français, à ce moment-là de la journée.
Les patrons de police expliquaient comment ils avaient "logé" Mesrine et comment ils avaient décidé de l'éliminer.
Notre virée à Paris n'était pas une coïncidence ! Nous l'avions compris mon frère et moi. Sans poser une question, nous sommes montés nous coucher chacun dans nos chambres respectives.

« Un ministre noyé»

Pourtant cette nuit-là, impossible de m'endormir. J'avais vu mon père sur son vélo deux jours auparavant, au retour d'une excursion avec le collège.
Le journal de la vieille relatait la mort d’un personnage important de la république. Il avait été retrouvé noyé dans un étang que je connaissais bien pour y avoir taquiné une grosse carpe avec mon grand- père pendant mes vacances scolaires, sans jamais avoir réussi à la ferrer une seule fois d'ailleurs.
L'eau était si peu profonde, son niveau un peu au dessus de mes bottes que nous avions failli plus d'une fois l'attraper avec nos mains. Mais elle était devenue pour mon grand-père et moi une sorte de Graal, de trophée qui personnifiait cet endroit magique connu de nous seuls !
C'était un ministre ! Et il s'était noyé dans notre étang, comment c’était possible ?
Une nuit de spleen, il avait voulu retrouver les joies perdues de son enfance, celles qui m'animaient depuis toujours avec mon grand-père, et attraper cette carpe si grosse et provocante ? Il avait décidé de marcher jusqu'à elle et l'arracher de son milieu aqueux pour la ramener chez lui, enorgueilli de cette belle prise ?
J'appris plus tard que ça ne s'était pas passé ainsi. Que ce Monsieur avait décidé de mettre fin à ses jours.
Quelles étaient ses raisons ? Mémoire trouble pour un petit garçon qui dès lors fera toujours le lien entre cet homme et son étang.

Et puis j'avais bien vu mon père rouler à vélo sur cette route sinueuse et je repensais aux appels dans la R16 de l'après-midi, le shopping à Paris et l'ennemi public numéro 1 tué par les policiers, à moins de deux kilomètres de l'endroit où nous étions.

Ces événements vécus n’avaient qu’un seul lien : mon père. Mais ce n’était qu’un concours de circonstances…

Combat politique

Un crachin tenace m’humidifie le visage depuis de longues minutes. Emmitouflé dans ma parka, une écharpe de laine rouge autour du cou, un bonnet de marin vissé sur ma tête, je progresse lentement rue de Rennes, en direction de la réunion hebdomadaire du comité. La nuit tombe rapidement, rendant l’atmosphère encore plus terne, baudelairienne, presque lugubre.  Mes brodequins tapent le sol un peu plus rapidement, à l’écoute des slogans sourds retentissant au bout de cette petite rue du quartier St-Germain.
Les odeurs de tabac, gitanes, Lucky Strike et cigares,  se mêlent aux vapeurs d’alcool et de transpirations. Les débats sont  chauds et deviennent de plus en plus virulents.

Les ferments de la révolution sont rassemblés autour de ce bar du quartier Latin. Chacun refait le monde comme s’il lui appartenait. Tout le monde y va de son discours, défend ses opinions, attaque ses adversaires… mais au final peu ont de réelles et novatrices idées. Ils sont rares ceux qui comme Faty El Bouchaoua réussissent à haranguer la foule, la provoquer pour au final la fédérer. Ancien boxeur mis au rancard par une vilaine blessure arrivée trop prématurément, il manie le verbe à la hauteur de ses poings. Percutant, il secoue les opinions, bouscule les cerveaux et, au final, fait avancer les idées. Ils sont peu à disposer de ce talent et aussi peu à lui tenir tête.

Sauf sans doute Jean Louis Le Morvan, une espèce de menhir qui se dresse au milieu de l’assemblée. Bien connu des groupuscules d’extrême droite, le Breton a les idées obtues, le verbe acerbe et le coup de boule facile. Il tente en vain de démolir par les mots l’orateur gauchiste. Poussé dans ses retranchements par le rouleau compresseur mental d’El Bouchaoua, il ne peut plus alors répondre que par la force… Les yeux injectés de sang, le front écarlate, le regard haineux, la bouche prête à mordre, il fonce alors sur le leader d’extrême gauche, les mains lancées en avant prêtes à serrer cette gorge qui lâche tant d’inepties à ses yeux. L’attaque, digne d’un panzer, est lourde et massive. La riposte est agile, précise et implacable. En un seul direct, Jean Louis Le Morvan est à terre, quasi K.O. Il se relève alors sous la raillerie et les quolibets de l’assemblée, cassé et humilié.

Il quitte alors cette atmosphère bouillante, claquant la porte. Les débats reprennent, s’activent et s’étalent dans la soirée. On y parle bien évidemment politique et économie mais aussi humanisme et liberté sociale.  El Bouchaoua tient alors l’assistance en haleine toute cette soirée… jusqu’au retour de Le Morvan, accompagné d’un fidèle lieutenant à l’allure de rocher granitique, et de quelques menus sbires plus démonstratifs que téméraires. Le regard féroce, Le Morvan est revenu , épaulé, dans l’unique objectif de dessouder El  Bouchaoua, humiliateur public.

 L’homme à abattre se tient droit, calme et posé, fixant ses adversaires. Les deux masses foncent alors sur lui, récoltant simultanément deux puissants coups de poings en pleine face, les projetant instantanément à terre. Deux sbires tentent alors une approche malhabile, se prenant uppercut et directs du droit efficaces en pleine tête. Quatre hommes à terre, l’offense  est trop forte. Le Morvan saisit alors une bouteille de bière, la casse contre une table, et l'agite offensif. Le combat prend alors une toute autre tournure. La menace est réelle, la vie d’El Bouchaoua est en jeu. Il décoche un nouveau coup droit à Le Morvan, saisit son bras, fait sauter la bouteille aux tessons saillants d’un coup de genou et la happe de l’autre main. Tout s’est déroulé extrêmement rapidement. Tel un ours, Le Morvan saute sur sa proie qui n’a pas d’autre solution que de tenir fermement comme un bouclier la bouteille. Les coups pleuvent, et Le Morvan se prend inexorablement le tesson dans l’œil gauche. Le sang de la bête se met alors à pisser, stoppant instantanément le combat. Ses acolytes saisissent un torchon blanc, l’applique sur l’œil afin d’arrêter l’hémorragie. Le tissu immaculé ne tarde pas à devenir totalement rouge. La meute quitte alors la salle, rageuse, maugréant et proférant des menaces de mort à l’encontre d’El Bouchaoua.

Les échanges reprirent alors, menés par un El Bouchaoua toujours plus remonté et efficace dans le verbe et dans le geste.

Le dernier souvenir que j’ai de lui est son poing brandi, en signe de combat. Ce même poing avait abattu et vaincu le racisme et l’intolérance. Une soirée seulement…

Deux jours plus tard, on retrouva le corps disloqué de Faty El Bouchaoua dans une impasse près de la rue des martyrs. Jonchant la rue, il devait y avoir autant de morceaux ensanglantés que de pavés. La rumeur dit qu’une vingtaine de skinheads lui seraient tombés dessus… ne lui laissant absolument aucune chance.

Le Morvan poursuivra, assez brillamment du reste, sa carrière politique ; globalement dans le même registre idéologique, sans doute quelque peu édulcoré. Son fidèle acolyte fut quant à lui moins présent dans les meetings politiques et plus actif dans les stades, défendant des valeurs du Rugby qui ne sont guère les siennes.

De cette histoire sombre du combat politique Français, il ne reste qu’un bandeau de sang, celui de Le Morvan, cachant l’œil de la bête.

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